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Mis à Jour le : 24 novembre 2008  23:47
Navigation à vue, par Paul Jorion
24 novembre 2008

Je ne sais pas si Mr. Obama s’en rend compte mais il va hériter d’un pays en ruines. Il a été élu au début du mois président d’un pays qui faisait encore relativement bonne figure mais sur les 77 jours qui séparent son élection de son inauguration, l’administration sortante joue ses dernières cartouches et le spectacle n’est pas beau à voir.

Par Paul Jorion, 24 novembre 2008

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je ne sais pas si Mr. Obama s’en rend compte mais il va hériter d’un pays en ruines. Il a été élu au début du mois président d’un pays qui faisait encore relativement bonne figure mais sur les 77 jours qui séparent son élection de son inauguration, l’administration sortante joue ses dernières cartouches et le spectacle n’est pas beau à voir.

On pouvait encore supposer derrière le sauvetage de Bear Stearns, un plan, ou derrière le lâchage de Lehman Brothers, une stratégie. La navigation à vue dans le cas d’AIG, avec moult changements de cap suivis de machine-arrière toute ! a cassé l’illusion. Si l’on espérait encore un sursaut, la formule inventée hier pour sauver Citigroup devrait dissiper toute méprise : le poulet court toujours mais il a perdu la tête depuis beaucoup plus longtemps qu’on ne l’imagine.

Vingt milliards de dollars de recapitalisation - qui viennent rejoindre dans le puits sans fond les 25 avancés le mois dernier, et 306 de plus offerts par l’union sacrée de la Fed, du Trésor et de la FDIC [1] en garantie de produits toxiques gracieusement mis en gage : Asset-Backed Securities (ABS), Collateralized-Debt Obligations (CDO), prêts hypothécaires commerciaux, dettes d’entreprises, etc. et qui ne valent plus tripette. En échange de quoi ? de warrants qui permettront de nationaliser un jour, si l’envie leur en prend : pour permettre au contribuable américain de ramasser la nouvelle ardoise une fois les 326 milliards épuisés.

La bourse de New York pousse un ouf de soulagement : + 2,7 % ! Elle se réjouit de voir que le poulet court toujours. On pensera à sa tête l’année prochaine. Bonne année Mr. Obama !

Paul Jorion, sociologue et anthropologue, a travaillé durant les dix dernières années dans le milieu bancaire américain en tant que spécialiste de la formation des prix. Il a publié récemment La crise. Des subprimes au séisme financier planétaire L’implosion. La finance contre l’économie (Fayard : 2008) et Vers la crise du capitalisme américain ? (La Découverte : 2007).

* Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.


Article communiqué par Paul Jorion

[1] La Federal Deposit Insurance Corporation est un organisme fédéral américain qui garantit les dépôts bancaires à hauteur de 100 000 dollars pour les comptes ordinaires et 250 000 pour les comptes-retraites. C’est elle aussi qui dirige aujourd’hui les banques en redressement judiciaire.



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