L’escalade. Bombardements et incursions américaines en territoire Pakistanais se sont multipliées ces dernières semaines. Le Président Bush a signé en juillet un décret autorisant un plan d’action en trois étapes portant la guerre dans les régions frontalières d’Afghanistan. De part et d’autre le ton monte. Un général US a menacé le Pakistan d’une « nouvelle forme de guerre » et l’armée pakistanaise a reçu l’ordre de tirer contre les troupes US en cas d’incursion. Un premier incident armé pourrait avoir eu lieu lundi dernier.
Par Tom Engelhardt, Tom Dispatch, 16 septembre 2008 (extrait)
Comme Andrew Bacevich nous le rappelle dans le dernier numéro de la revue Atlantic, un débat animé se déroule aujourd’hui dans l’armée au sujet de la nature de la « prochaine » guerre américaine et sur la façon de s’y préparer. Mais tandis que les officiers poursuivent leurs débats, cette « prochaine guerre » se rapproche peut-être déjà.
Après avoir lancé avec beaucoup de battage les guerres d’Afghanistan et d’Irak, toutes deux désastreuses à leur manière, l’administration Bush qui vit ses derniers mois semble avoir l’intention de déclencher un troisième conflit dans les régions frontalières du Pakistan, cette fois-ci au ralenti.
Désormais, pratiquement chaque jour apporte son lot de nouvelles sur l’intensification des bombardements américains - à coup de missiles Hellfire tirés par des drones Predator [1], voire même par les forces spéciales transportées par hélicoptères [2] - dans les zones tribales pakistanaises le long de la frontière afghane. De nouvelles menaces tonitruantes sont également proférées [3].
Tout cela ne serait pourtant que la « première phase » dans un plan en trois étapes de l’administration Bush [4] dans lequel l’armée américaine devrait ne « plus prendre de gants ».
Il faut se représenter cela comme un feu vert [5]donné à une nouvelle version de cette tactique, déjà pratiquée au Vietnam, de la « poursuite » au delà des frontières. Mais on peut également y voir tout simplement une nouvelle guerre.
Notre Président a déjà décidé que la souveraineté du Pakistan n’avait aucune importance [6] et désormais, sans que le Congrès ait eu sont mot à dire, les guerres américaines, qui vont déjà de l’Irak à l’Afghanistan, menacent de s’étendre de façon potentiellement explosive.
Bien que les sources pakistanaises indiquent qu’aucun membre important des Taliban ou d’Al-Qaida n’ait été tué dans cette récente série d’attaques, la colère enfle au Pakistan contre ces atteintes à la souveraineté nationale et à cause des victimes civiles, comme en Afghanistan.
En Irak, les 146 000 soldats américains ne semblent pas prêts de s’en aller pour le moment, tandis qu’en Afghanistan 33.000 autres militaires US (et des dizaines de milliers de troupes de l’OTAN), qui subissent les pertes les plus élevées depuis la chute des Taliban en 2001, combattent une insurrection soutenue par la colère croissante provoquée par l’occupation étrangère.
Le pays semble en voie de désintégration et les Taliban commencent à menacer les routes menant à Kaboul, tandis que le gouverneur d’une province vient de mourir victime d’un attentat. Le « Président » Hamid Karzai a été longtemps surnommé « le maire de Kaboul ». Aujourd’hui, cette appellation semble de plus en plus appropriée alors que le pouvoir de son gouvernement corrompu s’affaiblit peu à peu.
C’est dans se contexte que se développe au Pakistan une nouvelle guerre - pas moins déplorable et imprévisible que les deux précédentes - alors que les frappes américaines attisent le feu du nationalisme [7] dans ce pays et que les militaires pakistanais pourraient avoir d’ores et déjà tiré leurs premiers coups de semonce contre des troupes américaines [8]. (...)

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