Petrovietnam et KEPCO intensifient leurs échanges autour de Ninh Thuan 2, projet de centrale nucléaire présenté comme l’une des pièces centrales du retour du Vietnam dans l’atome civil. Selon les éléments communiqués par les autorités vietnamiennes, le partenaire étranger retenu serait appelé à développer l’installation avec le groupe public vietnamien, pour une capacité pouvant atteindre 3,2 gigawatts. Le dossier avance dans un contexte de forte demande électrique, de recherche de financements internationaux et de concurrence diplomatique entre fournisseurs d’énergie.
Sommaire
Petrovietnam et KEPCO ciblent Ninh Thuan 2
Les discussions entre Petrovietnam et KEPCO portent sur la mise en œuvre d’accords de coopération déjà signés dans le nucléaire civil. Le ministère vietnamien de l’Industrie et du Commerce a évoqué des échanges initiaux positifs, sans annoncer de contrat définitif. Cette nuance est importante, car le projet entre dans une phase d’examen industriel, financier et réglementaire, avant toute décision d’investissement ferme.
Le schéma évoqué par Hanoi repose sur un partenariat dans lequel l’entreprise étrangère participerait au développement de Ninh Thuan 2 avec Petrovietnam. Le groupe vietnamien, historiquement associé au pétrole et au gaz, occupe depuis plusieurs années une place plus large dans la stratégie énergétique nationale. Son rôle dans un projet nucléaire traduit la volonté des autorités de mobiliser les grands opérateurs publics sur les infrastructures considérées comme stratégiques.
KEPCO représente de son côté l’un des bras industriels majeurs de la Corée du Sud dans l’électricité. L’entreprise dispose d’une expérience dans la construction, l’exploitation et l’exportation de centrales, avec un écosystème associant ingénierie, équipementiers, financement public et garanties d’assurance. Pour le Vietnam, cette offre intégrée présente un intérêt particulier, car le nucléaire exige une coordination étroite entre technologie, sûreté, calendrier de chantier et montage financier.
Le choix d’un partenaire étranger reste sensible. Hanoi doit tenir compte du coût, de la maîtrise des délais, de la compatibilité avec le réseau électrique et du transfert de compétences. Le nucléaire impose aussi une relation de long terme, souvent sur plusieurs décennies, entre l’État hôte, l’électricien, le fournisseur de technologie et les organismes de contrôle. Les échanges actuels avec la Corée du Sud s’inscrivent dans cette séquence d’évaluation.

Un projet nucléaire de 3,2 gigawatts au Vietnam
La capacité mentionnée pour Ninh Thuan 2, jusqu’à 3,2 gigawatts, placerait la centrale parmi les plus importantes infrastructures électriques du pays. Une telle puissance correspond à plusieurs unités de production de grande taille, capables d’alimenter durablement le réseau national. Des références antérieures évoquaient deux réacteurs de 1 200 mégawatts pour chacun des sites de Ninh Thuan, ce qui montre que le dimensionnement exact reste lié aux études techniques et au modèle de réacteur envisagé.
L’enjeu dépasse le seul volume de production. Le Vietnam connaît une croissance soutenue de sa consommation électrique, tirée par l’industrie manufacturière, l’urbanisation, les zones exportatrices et l’électrification progressive des usages. Les autorités cherchent à limiter les risques de pénurie qui pèseraient sur l’attractivité économique du pays. Une centrale nucléaire offre une production stable, disponible en continu, complémentaire des renouvelables intermittents et des centrales thermiques.
La localisation dans la province de Ninh Thuan, sur la côte sud centrale, répond à des contraintes déjà identifiées lors des précédentes phases du programme nucléaire vietnamien. Le site doit permettre l’accès à l’eau de refroidissement, le raccordement au réseau et la mise en place de périmètres de sûreté. Ces paramètres techniques demandent des études détaillées, car le nucléaire ne tolère ni improvisation industrielle ni faiblesse dans la chaîne de contrôle.
Le calendrier n’est pas arrêté publiquement. Avant le premier béton nucléaire, le pays devra finaliser les études de site, le cadre réglementaire, les contrats d’ingénierie, les procédures de sûreté et les plans de préparation aux situations d’urgence. La construction d’une installation de cette taille implique aussi des milliers de travailleurs qualifiés, des fournisseurs certifiés et une gouvernance capable de suivre les coûts sur plusieurs années. La promesse de puissance doit donc être lue avec les contraintes d’exécution.

Hanoi relance le nucléaire après le vote de 2024
Le dossier de Ninh Thuan 2 s’inscrit dans une histoire longue. Le Vietnam étudie l’option nucléaire depuis les années 1990, avec des propositions plus structurées apparues dans les années 2000. Le programme avait été abandonné en 2016, principalement en raison du coût, alors que le pays privilégiait le charbon et le gaz pour répondre rapidement à la hausse de la demande. La décision avait aussi reflété les incertitudes autour du financement et de la capacité administrative à mener un chantier nucléaire complet.
La situation a changé avec le vote de l’Assemblée nationale vietnamienne, fin 2024, en faveur d’une relance du programme. Cette orientation répond à une double pression. D’une part, la demande électrique continue de progresser dans un pays intégré aux chaînes industrielles mondiales. D’autre part, Hanoi doit concilier sécurité d’approvisionnement, engagements climatiques et réduction graduelle de la dépendance aux combustibles fossiles importés.
Le redémarrage du nucléaire vietnamien suit deux axes. Pour Ninh Thuan 1, un accord de coopération a été signé en mars 2026 avec la Russie. Pour Ninh Thuan 2, les discussions avancent avec la Corée du Sud. Cette répartition illustre une stratégie de diversification des partenaires, destinée à éviter une dépendance excessive à un seul fournisseur et à comparer les offres techniques, financières et diplomatiques.
Le retour à l’atome civil ne garantit pas une trajectoire simple. Le Vietnam devra renforcer son autorité de sûreté, adapter sa législation, organiser la gestion du combustible, former des inspecteurs indépendants et communiquer avec les populations locales. Ces éléments pèsent autant que le choix du réacteur. Les autorités vietnamiennes cherchent à transformer une ambition énergétique en programme industriel crédible, avec des étapes vérifiables et des responsabilités clairement attribuées.
Séoul propose financement et formation à Petrovietnam
La Corée du Sud ne se présente pas uniquement comme un fournisseur de technologie. En août 2025, KEPCO et Petrovietnam ont signé un protocole d’accord consacré au développement des compétences pour Ninh Thuan 2. Ce volet de formation est déterminant, car une centrale nucléaire exige des ingénieurs, opérateurs, spécialistes de maintenance, experts en radioprotection et responsables de sûreté formés selon des standards stricts.
En avril 2026, lors d’une visite d’État à Hanoi du président sud-coréen Lee Jae-myung, un nouvel accord a associé Korea Eximbank, K-Sure, KEPCO et Petrovietnam pour examiner des solutions de financement liées au programme nucléaire vietnamien. Ce point est central. Le coût d’une centrale de grande puissance se chiffre en milliards de dollars, avec des dépenses étalées sur de nombreuses années et des risques de dépassement qui doivent être partagés entre l’État, les prêteurs, les constructeurs et les assureurs.
L’offre coréenne combine expérience industrielle, accès au crédit export et accompagnement institutionnel. Séoul peut mettre en avant sa capacité à structurer un consortium complet, depuis les études de conception jusqu’à la mise en service. Le précédent de la centrale de Barakah aux Émirats arabes unis, construite par un consortium mené par KEPCO, constitue un argument commercial pour démontrer une aptitude à exporter un programme nucléaire complexe hors du territoire sud-coréen.
Pour Petrovietnam, la priorité consiste à acquérir une compétence durable, et non à dépendre entièrement d’un prestataire étranger. La formation locale, la participation d’entreprises vietnamiennes qualifiées et le transfert de procédures seront surveillés de près. Le programme demandera aussi des échanges réguliers avec les organismes internationaux du nucléaire civil. Les prochaines étapes devraient préciser la répartition des responsabilités entre Hanoi, Petrovietnam, KEPCO et les institutions financières coréennes.
Questions fréquentes
- Quel est le rôle de Petrovietnam dans Ninh Thuan 2 ?
- Petrovietnam est appelé à porter le développement du projet côté vietnamien, avec un partenaire étranger. Son rôle couvre la coordination industrielle, les discussions de coopération et la préparation des compétences nécessaires au programme.
- Pourquoi KEPCO intéresse-t-il les autorités vietnamiennes ?
- KEPCO dispose d’une expérience dans les grands projets électriques et dans l’exportation nucléaire. L’entreprise peut aussi s’appuyer sur des institutions financières coréennes pour examiner des solutions de crédit et de garantie.
- La centrale Ninh Thuan 2 est-elle déjà confirmée ?
- Le projet est en discussion avancée, mais aucun contrat définitif n’a été annoncé publiquement. Les prochaines étapes portent sur la technologie, le financement, la sûreté, la formation et les responsabilités de chaque partenaire.
Sources
- Petrovietnam et KEPCO intensifient leurs discussions sur …
- Vietnam has had talks with KEPCO as seeks foreign partner for second nuclear power plant
- Nuclear Power in Vietnam – World Nuclear Association
- Energie nucléaire et centrale nucléaire | Forum nucléaire suisse
- Petrovietnam accélère la mise en œuvre du projet de …




