Au 16 août 2026, l’usage d’images produites par IA générative par des corps policiers du Québec provoque un débat public. Ces visuels, diffusés sur les réseaux sociaux pour des campagnes de prévention ou des avis aux citoyens, promettent rapidité et économies. Ils posent aussi une question sensible: une institution chargée de faire respecter la loi peut-elle publier des images réalistes sans signaler clairement qu’elles ne documentent aucun fait réel?
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Au moins huit corps policiers québécois diffusent des visuels IA
Le phénomène n’est plus marginal. Selon les constats rapportés cette semaine, au moins huit corps policiers québécois ont publié, au cours des derniers mois, des images entièrement générées par intelligence artificielle. Les scènes repérées ressemblent à des photos de terrain: une fête de jeunes dans une cour, des adolescents à vélo électrique, une bagarre ou de la consommation d’alcool dans un centre-ville. Le réalisme visuel donne à ces publications une force immédiate, surtout sur Facebook, Instagram ou TikTok, où l’image précède souvent la lecture attentive du message.
La Sûreté du Québec a notamment utilisé sur TikTok deux vidéos comportant des images générées avec Meta AI. Les contenus servaient à illustrer des sujets de prévention, dont les intrusions de nuit. Pour l’organisation policière, l’objectif affiché consiste à rejoindre rapidement les citoyens, dans un environnement numérique où les publications institutionnelles rivalisent avec des milliers de contenus courts, très visuels et souvent personnalisés.
Cette évolution modifie la place de l’image dans la communication policière. Une photographie prise pendant une opération, ou une image fournie après un événement, renvoie à un moment identifiable. Un visuel synthétique, lui, illustre une idée ou un risque. La différence peut paraître technique, mais elle devient déterminante quand l’image est publiée par une institution dont la parole repose sur la précision, la preuve et la traçabilité.
Les gestionnaires de communication y voient un outil souple. Il permet de créer un visuel sans mobiliser d’équipe photo, sans recruter de figurants et sans exposer des citoyens reconnaissables. Cette facilité change le rythme de publication: une campagne locale peut être préparée en quelques heures, adaptée à un public jeune, à une municipalité ou à une plateforme précise. Le problème commence lorsque cette efficacité fait passer au second plan l’identification claire du procédé utilisé.

Les chercheurs alertent sur la confiance envers la police
Les critiques portent d’abord sur la transparence. Plusieurs visuels diffusés ne comporteraient pas toujours de mention explicite indiquant leur origine artificielle. Pour des experts en éthique du numérique, cette absence de signalement affaiblit la frontière entre communication publique et simulation. Dans un contexte où la désinformation circule rapidement, une image policière réaliste peut être interprétée comme la trace d’un événement, même lorsqu’elle ne montre qu’une scène inventée.
Andréane Sabourin Laflamme, chercheuse au Laboratoire d’éthique du numérique et de l’intelligence artificielle, a été citée dans les débats récents sur ce sujet. La préoccupation centrale concerne la confiance publique. Les citoyens doivent pouvoir distinguer ce qui relève d’un fait constaté, d’un message de prévention ou d’une illustration fabriquée. Pour une police, cette distinction n’est pas un détail graphique: elle touche à la crédibilité de chaque prise de parole.
Le risque est accentué par les habitudes de consultation des réseaux sociaux. Beaucoup d’utilisateurs réagissent à une publication à partir de l’image seule, sans ouvrir la légende ni vérifier le compte source. Une scène de bagarre générée par IA, publiée par un service officiel, peut laisser croire à une hausse locale de la violence ou à un incident précis. Le message de prévention peut alors produire un effet inverse, en renforçant un sentiment d’insécurité non lié à un fait documenté.
Des citoyens expriment aussi une inquiétude plus large: si une institution publique utilise des images synthétiques sans balise visible, d’autres acteurs peuvent imiter le style visuel policier pour manipuler l’opinion. Le Laboratoire d’éthique du numérique insiste sur la nécessité de normes compréhensibles par tous, pas seulement par les spécialistes. L’étiquetage de l’origine artificielle, placé directement dans la publication, devient alors une mesure minimale de prudence.

La Sûreté du Québec invoque le coût et la vie privée
Les corps policiers défendent une approche pragmatique. Benoit Richard, porte-parole de la Sûreté du Québec, a indiqué que l’IA permettait d’attirer l’attention du citoyen à moindre coût. L’argument économique pèse dans les services publics, où les équipes de communication disposent rarement de budgets comparables à ceux des grandes marques. Le coût de production d’un visuel synthétique reste très inférieur à celui d’une séance photo organisée avec autorisations, lieux de tournage et validation juridique.
Un autre argument concerne la vie privée. Utiliser des personnes réelles dans une campagne policière peut poser problème, surtout lorsqu’il s’agit d’adolescents, de victimes potentielles ou de situations sensibles. Les banques d’images commerciales offrent une solution, mais elles produisent souvent des scènes génériques, parfois éloignées du décor québécois. L’IA peut créer une image plus proche d’un quartier, d’une saison ou d’un comportement ciblé, sans exposer directement un individu identifiable.
La Sûreté du Québec affirme suivre les balises gouvernementales en matière d’intelligence artificielle publiées en juin par le gouvernement du Québec. L’organisation précise aussi ne pas générer d’image montrant un geste illégal. Cette précision vise à limiter l’un des risques les plus sensibles: présenter comme vraisemblable une infraction qui n’a pas eu lieu. Elle ne règle pas totalement la question de la perception, car un décor, une posture ou une mise en scène peuvent déjà orienter le regard du public.
La solution avancée par plusieurs spécialistes tient moins dans l’interdiction que dans la méthode. Un service policier pourrait conserver les requêtes utilisées, valider les visuels par un responsable humain, signaler systématiquement l’usage de l’IA et éviter les scènes trop réalistes lorsqu’elles renvoient à des crimes, des arrestations ou des troubles publics. Cette documentation interne aurait aussi une utilité en cas de contestation, de plainte citoyenne ou de demande d’accès à l’information.
Québec et Montréal affrontent aussi les faux contenus policiers
Le débat sur les images policières générées par IA s’inscrit dans un climat déjà tendu autour des contenus synthétiques. À Québec, des vidéos mettant en scène une fausse police des foyers ont circulé ces derniers jours. Elles montraient des agents imaginaires procédant à des interventions liées aux feux résidentiels, avec des caricatures d’élus locaux. Des responsables municipaux ont jugé ces contenus inquiétants, car certains citoyens peuvent les prendre pour de vraies scènes d’autorité publique.
Ce type de vidéo illustre la difficulté à laquelle font face les institutions. Lorsqu’une police utilise elle-même des images synthétiques, même pour prévenir, elle doit éviter de banaliser un langage visuel que des groupes militants, des plaisantins ou des acteurs malveillants peuvent reprendre. La frontière entre satire, critique politique et manipulation devient plus fragile quand les images sont réalistes, partagées rapidement et détachées de leur contexte initial.
À Montréal, un autre dossier lié à l’IA nourrit les préoccupations: le recours à des caméras alimentées par IA pour appuyer les enquêtes. La police met en avant le gain de temps et la capacité à repérer plus vite certains comportements ou véhicules. Des juristes et défenseurs des libertés civiles demandent, eux, des réponses sur l’accès aux données, la durée de conservation, les usages secondaires et les protections offertes aux personnes qui ne sont soupçonnées d’aucun crime.
Les débats américains autour de fournisseurs comme Flock Safety servent de point de comparaison. Des controverses ont porté sur la collecte massive d’informations et sur des recherches effectuées à des fins personnelles par certains agents. Pour le Québec, l’enjeu dépasse donc la seule publication d’images sur les réseaux sociaux. Il concerne l’ensemble des usages policiers de l’intelligence artificielle, de la communication à la surveillance. Les règles attendues devront être lisibles, vérifiables et appliquées de façon uniforme, car la confiance ne se décrète pas après coup.
Questions fréquentes
- Pourquoi les services de police québécois utilisent-ils des images générées par IA?
- Ils invoquent surtout la rapidité, le faible coût et la possibilité de créer des visuels adaptés à des campagnes de prévention sans exposer de personnes réelles. Cette méthode permet aussi de produire des contenus pour plusieurs plateformes en peu de temps.
- Quel est le principal risque pour les citoyens?
- Le risque principal tient à la confusion entre une image documentaire et une image fabriquée. Si l’origine artificielle n’est pas indiquée clairement, certains citoyens peuvent croire qu’une scène inventée montre un événement réel survenu dans leur région.
- Quelles règles pourraient limiter les dérives?
- Les spécialistes recommandent un signalement visible de chaque visuel généré par IA, une validation humaine, la conservation des requêtes utilisées et des limites strictes pour les scènes liées à des crimes, des arrestations ou des comportements illégaux.
Sources
- En 2026, police au Québec, images IA sur les réseaux sociaux, entre outil rapide et brouillage, ce qui inquiète citoyens et experts | Europe Infos
- Éthique ou imprudent?:… – Gorg Nuwa – L’Œil sur l’actualité
- Intelligence artificielle | L'utilisation d'images générées par l'IA par la police divise — 95.7 KYK
- Des vidéos d’une fausse «police des foyers» inquiètent à Québec
- Montreal police spark privacy fears over AI surveillance cameras




