Giorgia Meloni ouvre la voie à un retour du nucléaire civil en Italie, près de quarante ans après le référendum qui avait conduit à l’arrêt progressif de l’atome dans la péninsule. Le Parlement a engagé un processus législatif donnant au gouvernement un délai de douze mois pour revoir le cadre réglementaire. L’objectif affiché par Rome porte sur une possible mise en service de nouveaux réacteurs autour de 2034, dans un pays encore marqué par Tchernobyl, Fukushima et une forte dépendance au gaz importé.
Sommaire
Le Sénat italien fixe douze mois pour réécrire les règles
Le vote du Sénat italien constitue la première étape concrète du retour de l’atome dans le débat énergétique national. Le texte donne au gouvernement un délai de douze mois pour préparer les décrets nécessaires à la reconstruction d’un cadre juridique, technique et administratif. Cette période doit servir à définir les procédures d’autorisation, les responsabilités de contrôle et les conditions de sûreté applicables à de futurs sites nucléaires.
La majorité conduite par Giorgia Meloni présente cette réforme comme un instrument de souveraineté énergétique. L’Italie reste l’un des grands pays industriels européens sans production nucléaire, alors que ses besoins électriques demeurent élevés dans le nord manufacturier, de la Lombardie à l’Émilie-Romagne. Le gouvernement insiste sur la nécessité de réduire l’exposition aux prix du gaz, qui ont pesé lourdement sur les ménages et les entreprises après la crise énergétique européenne.
Le calendrier parlementaire n’implique pas la construction immédiate d’une centrale. Il s’agit d’abord de rebâtir une architecture disparue depuis les années 1990, avec des compétences administratives, une autorité de contrôle renforcée et des règles d’implantation. Les ministères concernés devront aussi préciser les liens avec les normes européennes, notamment sur la taxonomie verte, qui classe certaines activités nucléaires parmi les investissements compatibles avec la transition énergétique sous conditions strictes.
L’opposition dénonce une relance menée sans consultation nationale préalable. Le Parti démocrate et le Mouvement 5 étoiles rappellent que les Italiens se sont déjà prononcés contre l’atome lors de deux référendums, après Tchernobyl puis après Fukushima. La majorité répond que le paysage technologique a changé et que le dossier doit être examiné à partir des besoins de sécurité énergétique, du coût de l’électricité et des objectifs climatiques fixés pour les prochaines décennies.

Giorgia Meloni vise des réacteurs modulaires avant 2034
Le scénario privilégié par Rome ne repose pas sur les grandes centrales classiques construites au siècle dernier. Le gouvernement met en avant les petits réacteurs modulaires, souvent désignés par l’acronyme SMR, dont la puissance réduite permettrait une intégration plus progressive dans le réseau électrique. Ces technologies promettent des chantiers standardisés, des délais plus courts et une implantation adaptée aux zones industrielles, même si aucun modèle n’a encore démontré en Europe une exploitation commerciale à grande échelle.
L’horizon de 2034 circule comme une cible politique et industrielle. Cette date suppose une succession rapide d’étapes: adoption du cadre réglementaire, choix technologiques, localisation des sites, concertation locale, financement, autorisations, construction et raccordement. Dans le secteur énergétique, un tel calendrier reste serré. Les exemples récents en Europe montrent que les projets nucléaires subissent souvent des retards liés aux normes de sûreté, aux recours administratifs et à la complexité des chaînes d’approvisionnement.
L’Italie dispose pourtant d’un tissu industriel qui n’a pas totalement quitté l’atome. Des entreprises comme Ansaldo Nucleare ont conservé des compétences dans l’ingénierie, la maintenance ou les composants destinés à des programmes étrangers. Le groupe Enel a aussi maintenu une présence dans certains projets internationaux. Le gouvernement entend s’appuyer sur ces savoir-faire pour limiter le risque d’un redémarrage entièrement dépendant de fournisseurs extérieurs.
Le choix des SMR répond aussi à une contrainte politique. Construire de grands réacteurs susciterait des résistances locales immédiates, dans un pays où l’implantation d’infrastructures énergétiques se heurte souvent à des contestations. Des unités plus petites pourraient être présentées comme plus faciles à intégrer près de pôles industriels déjà raccordés au réseau. Le débat portera néanmoins sur la sûreté, le coût du mégawattheure et la capacité réelle de ces réacteurs à produire de l’électricité bas carbone à une échelle suffisante.

Le référendum de 1987 pèse sur le débat italien
La mémoire du référendum de 1987 reste centrale dans le dossier italien. Organisée après la catastrophe de Tchernobyl, la consultation avait conduit à l’abandon progressif du nucléaire civil. Les centrales de Latina, Garigliano, Trino Vercellese et Caorso ont été arrêtées ou mises hors service, puis le pays a organisé le démantèlement de son parc. Cette décision a façonné plusieurs décennies de politique énergétique, avec un recours accru aux importations d’électricité et aux centrales thermiques.
Le traumatisme ne s’est pas limité aux années 1980. En 2011, après l’accident de Fukushima, les électeurs italiens ont rejeté une nouvelle tentative de retour à l’atome. Le résultat avait été massif, avec une participation suffisante pour valider le scrutin et une opposition très nette aux projets portés par le gouvernement de l’époque. Ce précédent complique la stratégie de Giorgia Meloni, même si les sondages récents signalent une opinion moins homogène, surtout chez les jeunes générations.
Plusieurs enquêtes mentionnées dans le débat public montrent une progression du soutien conditionnel au nucléaire, souvent lié à la hausse des factures et à l’objectif de réduire les émissions de CO2. Les moins de 35 ans se déclarent plus ouverts à l’idée d’un mix incluant renouvelables et atome. Cette évolution ne vaut pas adhésion automatique. Beaucoup de personnes favorables demandent des garanties sur la localisation, la transparence des coûts et la gestion des déchets.
Les régions joueront un rôle majeur. L’Italie est un État très décentralisé sur les questions d’aménagement, et les gouverneurs disposent d’un poids politique considérable. Le nord industriel pourrait regarder le projet avec pragmatisme pour sécuriser son approvisionnement électrique. Dans d’autres territoires, la perspective d’accueillir une installation nucléaire ou un centre lié au combustible provoquerait de fortes tensions. Le gouvernement devra composer avec ce souvenir référendaire et avec un paysage local fragmenté.
Coûts, déchets et industrie structurent le bras de fer
La question du financement est le premier obstacle opérationnel. Les défenseurs du projet estiment que le nucléaire peut stabiliser les prix de l’électricité sur le long terme et compléter l’éolien, le solaire et l’hydraulique. Ses opposants répondent que les investissements initiaux sont lourds, que les chantiers européens récents ont dépassé leurs budgets et que les économies attendues des SMR restent encore théoriques. Le gouvernement devra préciser la part de capitaux publics, privés et européens dans le montage.
Le dossier des déchets radioactifs reste particulièrement sensible. L’Italie gère encore l’héritage de ses anciennes installations et n’a pas réglé tous les choix liés au stockage national. Toute relance de l’atome obligerait à clarifier la filière complète, du combustible au démantèlement. Les associations environnementales demandent que ce point soit traité avant toute décision de construction, et non renvoyé à une étape ultérieure. La crédibilité du projet dépendra largement de cette séquence.
La relance s’inscrit aussi dans la bataille européenne pour les technologies bas carbone. La France défend depuis longtemps l’atome comme pilier de sa production électrique, tandis que l’Allemagne a fermé ses dernières centrales et privilégie les renouvelables, le réseau et le stockage. L’Italie cherche une voie propre, avec un mix susceptible de réduire sa dépendance au gaz sans freiner son industrie. Les choix de Rome seront donc observés à Bruxelles, à Paris et à Berlin.
Le texte voté ouvre une phase de négociation technique plus qu’un chantier immédiat. Les prochains mois devront préciser l’autorité de sûreté, les partenariats industriels, les critères de localisation et le calendrier des consultations publiques. Les entreprises intéressées attendent un signal stable avant d’engager des investissements. Les collectivités, elles, demanderont des garanties concrètes sur l’emploi, la sécurité et les compensations territoriales. C’est sur ce terrain administratif et local que le projet de réacteurs en 2034 prendra corps ou se heurtera à ses limites.
Questions fréquentes
- Pourquoi l’Italie veut-elle relancer le nucléaire civil ?
- Le gouvernement italien met en avant la sécurité énergétique, la réduction de la dépendance au gaz importé et la nécessité de produire davantage d’électricité bas carbone. La hausse des prix de l’énergie a renforcé cet argument dans un pays très industriel.
- Quand de nouveaux réacteurs pourraient-ils fonctionner en Italie ?
- L’horizon évoqué par les autorités se situe autour de 2034. Cette date dépendra de l’adoption des règles, du choix des technologies, des autorisations, du financement, de la localisation des sites et de la durée réelle des chantiers.
- Les Italiens ont-ils déjà rejeté le nucléaire par référendum ?
- Oui. Le référendum de 1987, organisé après Tchernobyl, a conduit à l’abandon progressif du nucléaire. En 2011, après Fukushima, une nouvelle consultation a confirmé une opposition très large aux projets de relance de l’époque.
Sources
- En Italie, le gouvernement de Giorgia Meloni prépare un …
- 40 ans après avoir tout arrêté, l'Italie veut relancer le nucléaire …
- Georgia Meloni prête à relancer le nucléaire quarante ans …
- Quarante ans après son abandon, l'Italie prépare …
- Les jeunes Italiens se rallient au nucléaire, Meloni relance …




