La centrale nucléaire de Zwentendorf, en Basse-Autriche, reste un cas rare dans l’histoire industrielle européenne. Construite à la fin des années 1970, équipée, raccordée et prête à produire, elle n’a jamais fourni d’électricité. Le 5 novembre 1978, les électeurs autrichiens ont refusé sa mise en service par 50,47 % des suffrages, avec seulement 30 068 voix d’écart. Depuis, le site incarne un choix politique durable, plus qu’un échec technique.
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Zwentendorf rejetée par 50,47 % des électeurs en 1978
Le vote du 5 novembre 1978 a figé le destin de Zwentendorf. La centrale, située sur les rives du Danube, était alors présentée comme le premier maillon d’un programme nucléaire national. Les travaux étaient achevés, les équipes formées et les procédures de démarrage préparées. Pourtant, le scrutin a donné une courte victoire au non, avec 50,47 % des voix contre la mise en service.
L’écart, limité à 30 068 voix, a suffi à arrêter un investissement majeur. Dans un pays où l’énergie hydraulique occupait déjà une place centrale, le nucléaire devait apporter une capacité stable et compléter la production électrique. Les partisans du projet mettaient en avant la sécurité d’approvisionnement, la modernisation industrielle et la réduction de la dépendance aux importations d’énergie.
Les opposants, eux, ont réussi à transformer un dossier technique en débat national. Leurs arguments portaient sur les risques d’accident, la gestion des déchets radioactifs et la proximité du site avec des zones habitées. À la fin des années 1970, les mouvements citoyens écologistes gagnaient en visibilité en Europe occidentale. En Autriche, cette mobilisation a trouvé dans Zwentendorf un symbole concret.
Le résultat a surpris une partie des responsables politiques, car le réacteur n’était pas un projet abstrait. Il était construit, inspecté et prêt pour la phase opérationnelle. La décision populaire n’a donc pas sanctionné une panne ni une malfaçon. Elle a empêché le passage de l’infrastructure au statut de centrale active, ce qui distingue Zwentendorf d’autres installations nucléaires arrêtées après incident ou vieillissement.
Ce référendum a installé une référence durable dans la vie politique autrichienne. Le vote n’a pas seulement bloqué une centrale. Il a redéfini la relation du pays à l’atome civil, en plaçant la légitimité démocratique au-dessus de la logique industrielle déjà engagée.

Bruno Kreisky transforme un chantier achevé en vote national
La décision de consulter les électeurs revient au chancelier Bruno Kreisky, figure centrale de la vie politique autrichienne de l’époque. Son gouvernement avait soutenu le développement de Zwentendorf, dans une logique de planification énergétique. Une fois le chantier terminé, la contestation n’a pas diminué. Elle s’est renforcée, au point de rendre politiquement risquée une mise en service sans validation populaire.
Le choix du référendum a déplacé le centre de gravité du dossier. Les ingénieurs, les exploitants et les autorités de sûreté n’étaient plus seuls à peser dans la décision. Les électeurs ont été invités à trancher une question mêlant technologie, confiance institutionnelle et vision du modèle énergétique. Cette méthode a donné au scrutin une portée qui dépassait largement le périmètre de la centrale.
Selon les témoignages souvent rapportés par EVN AG, l’entreprise aujourd’hui liée au site, les opposants à l’énergie nucléaire s’étaient structurés pendant la construction. Leur montée en puissance a contredit l’idée selon laquelle l’avancement du chantier rendrait la décision irréversible. L’affaire a montré qu’une infrastructure presque terminée pouvait encore être stoppée si l’acceptabilité sociale faisait défaut.
Pour le pouvoir en place, le pari était délicat. Une victoire du oui aurait donné une base démocratique solide au programme nucléaire autrichien. La victoire du non a produit l’effet inverse, en transformant un projet industriel en précédent national. Après ce vote, aucun réacteur destiné à produire de l’électricité n’a été exploité en Autriche.
Le cas met en lumière une tension fréquente dans les grands projets énergétiques. Les investissements lourds s’étalent sur plusieurs années, tandis que l’opinion publique évolue sous l’effet des débats scientifiques, des campagnes militantes et du contexte international. À Zwentendorf, cette évolution a rattrapé le calendrier industriel au moment précis où la centrale devait entrer en fonctionnement.

EVN conserve une centrale visitable sans kilowatt-heure produit
Près d’un demi-siècle après le référendum, la centrale de Zwentendorf n’est pas une friche abandonnée. Le site est entretenu et utilisé pour des visites, des formations et des exercices techniques. Sa salle de contrôle, ses couloirs, ses équipements et son architecture industrielle permettent d’observer une centrale nucléaire complète qui n’a jamais connu de phase commerciale.
Les chiffres associés au projet restent spectaculaires. Selon des estimations régulièrement citées, la centrale devait fournir de l’électricité à environ 1,8 million de foyers. Le coût total est souvent évalué autour d’un milliard d’euros, une somme qui nourrit encore l’image d’un investissement perdu. Aucun kilowatt-heure d’électricité nucléaire n’a pourtant été injecté dans le réseau à partir de ce réacteur.
Pour EVN, qui communique ponctuellement sur le site, Zwentendorf possède désormais une valeur patrimoniale et pédagogique. Les visiteurs y découvrent concrètement les volumes, les dispositifs de commande et les contraintes d’exploitation d’une installation nucléaire. Cette accessibilité demeure inhabituelle, car les centrales actives sont soumises à des restrictions de sécurité très strictes.
Le lieu sert aussi de support à une mémoire politique. Les guides et responsables rappellent que l’arrêt ne découle pas d’un accident, d’un défaut de conception ou d’une incapacité industrielle. La centrale a été immobilisée par une décision issue des urnes. Cette précision distingue l’histoire autrichienne des récits centrés sur les catastrophes nucléaires ou sur la fermeture progressive de réacteurs âgés.
Zwentendorf a également été utilisée pour des formations destinées à des techniciens venus d’autres pays, notamment parce que certaines zones pouvaient être observées sans exposition radiologique. Cette reconversion partielle n’efface pas le coût initial, mais elle donne au site une fonction rare : montrer de l’intérieur une industrie dont l’accès public reste d’ordinaire très limité.
Vienne défend une ligne antinucléaire dans l’Union européenne
L’héritage de Zwentendorf pèse encore sur la position de l’Autriche dans les débats européens. À Vienne, le refus du nucléaire fait l’objet d’un large consensus politique. Les gouvernements successifs ont défendu une ligne critique face à l’atome civil, en particulier lors des discussions sur la place du nucléaire dans les politiques climatiques et financières de l’Union européenne.
Cette position repose aussi sur la structure du système électrique autrichien. Le pays s’appuie fortement sur l’hydroélectricité et met en avant une part élevée de production issue de sources renouvelables. Des chiffres fréquemment cités situent cette part autour de 80 % de l’électricité produite, selon les années et les conditions hydrologiques. Cette situation donne à l’Autriche un argument différent de celui des États très dépendants du charbon ou du gaz.
Face à des pays comme la France, où le parc nucléaire demeure central, Vienne défend une lecture plus restrictive de la transition énergétique. Les autorités autrichiennes contestent l’idée selon laquelle l’atome devrait être traité comme une énergie durable au même titre que certaines filières renouvelables. Le débat porte moins sur les émissions directes de CO2 que sur les déchets, les coûts de long terme et les risques associés.
Dans ce contexte, Zwentendorf joue le rôle de référence nationale. Le site rappelle que le refus autrichien n’est pas né d’une décision administrative récente, mais d’un vote populaire organisé avant même la première mise en service. Cette origine démocratique renforce la stabilité de la position autrichienne, y compris lorsque les prix de l’énergie ou les objectifs climatiques relancent le débat sur le nucléaire en Europe.
Le contraste reste marqué avec plusieurs voisins qui exploitent ou prolongent des réacteurs. L’Autriche, elle, surveille les centrales situées près de ses frontières, conteste certains choix européens et investit dans d’autres leviers de production. La centrale silencieuse de Zwentendorf demeure au centre de ce récit national, entre mémoire industrielle, choix citoyen et stratégie énergétique assumée.
Questions fréquentes
- Pourquoi la centrale de Zwentendorf n'a-t-elle jamais démarré ?
- Elle n’a pas été arrêtée pour un défaut technique. Sa mise en service a été refusée par référendum le 5 novembre 1978, avec 50,47 % des suffrages contre le démarrage.
- La centrale autrichienne avait-elle déjà produit de l'électricité ?
- Non. Zwentendorf était construite et prête à fonctionner, mais elle n’a jamais injecté de kilowatt-heure nucléaire dans le réseau électrique autrichien.
- Que devient le site de Zwentendorf aujourd'hui ?
- Le site est conservé, visité et utilisé pour des formations. Il sert de témoin industriel et politique du choix autrichien de refuser l’énergie nucléaire.
Sources
- L'Autriche a bâti à la fin des années 1970 une centrale …
- Autriche : cette centrale nucléaire n'a jamais été mise en service | Euronews
- La centrale nucléaire fantôme de Zwentendorf, ou quand l'Autriche disait non à l'atome | RTS
- En Autriche, la population a rejeté catégoriquement l'énergie …
- En croisade contre l’énergie nucléaire, l’Autriche fait cavalier seul au sein de l’UE




