La capacité installée d’énergie solaire en Chine a dépassé pour la première fois celle des centrales à charbon, selon une annonce publiée le 1er septembre 2026 par l’administration nationale du secteur. Fin juillet, le parc solaire chinois atteignait 1,286 milliard de kilowatts, contre 1,285 milliard pour le charbon. L’écart reste très réduit, mais le seuil marque une évolution symbolique dans le premier pays émetteur mondial de gaz à effet de serre, engagé à atteindre le pic de ses émissions avant 2030 et la neutralité carbone avant 2060.
Sommaire
Pékin annonce 1,286 milliard de kW solaires fin juillet
L’Administration nationale de l’énergie a publié son chiffre sur les réseaux sociaux officiels, en indiquant que la capacité installée d’énergie solaire atteignait 1,286 milliard de kW à la fin juillet. Le parc des centrales à charbon était évalué à 1,285 milliard de kW. La différence représente 1 million de kW, soit 1 gigawatt, un écart faible à l’échelle chinoise, mais suffisant pour signaler un basculement statistique.
Cette mesure porte sur la puissance maximale installée, non sur l’électricité produite. Un panneau solaire ne fonctionne pleinement que lorsque les conditions d’ensoleillement sont favorables, tandis qu’une centrale thermique peut fournir une puissance pilotable jour et nuit, sous réserve d’approvisionnement en combustible. La comparaison entre solaire et charbon doit donc être lue avec prudence, car elle ne décrit pas à elle seule le fonctionnement quotidien du système électrique.
Le seuil annoncé par Pékin n’en demeure pas moins important. La Chine a installé en une décennie des volumes de panneaux sans équivalent dans le monde, portés par une industrie nationale puissante, des coûts en baisse et des politiques provinciales très actives. Le solaire s’est développé dans les grands déserts du nord et de l’ouest, mais aussi sur les toitures industrielles, les parkings, les zones logistiques et les bâtiments publics.
Pour les autorités chinoises, le message est double. Pékin met en avant la montée des renouvelables tout en conservant un discours de sécurité énergétique. Le charbon reste présenté comme un socle de stabilité, surtout lors des pics de demande estivaux ou hivernaux. Le dépassement en capacité installée constitue donc un signal politique et industriel, plus qu’une sortie immédiate du charbon.

Le charbon conserve un rôle central dans la production électrique
Le charbon demeure au cœur de la production électrique chinoise, même après le dépassement observé en capacité installée. Les centrales thermiques assurent une part majeure de l’électricité consommée par l’industrie, les ménages et les infrastructures numériques. Elles répondent aux pics de consommation, compensent les variations météo et sécurisent l’alimentation des grandes provinces manufacturières de l’est et du sud.
La différence entre capacité et production explique ce décalage. Une centrale au charbon peut fonctionner plusieurs milliers d’heures par an avec un facteur de charge élevé. Un parc solaire produit surtout en journée, avec une variation liée aux saisons, aux nuages, à la poussière et aux contraintes du réseau. Le solaire peut donc dépasser le charbon en puissance installée sans produire davantage d’électricité sur l’année.
Cette réalité pèse sur les objectifs climatiques. La Chine est le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, en grande partie à cause de son système énergétique. Le gouvernement s’est engagé à atteindre un pic d’émissions avant 2030 et la neutralité carbone avant 2060. Ces engagements exigent non seulement d’installer des renouvelables, mais aussi de réduire l’utilisation réelle des combustibles fossiles.
Les provinces restent soumises à des impératifs économiques puissants. L’acier, le ciment, la chimie, l’aluminium et les batteries demandent une énergie abondante et régulière. Les responsables locaux préfèrent souvent garantir l’activité des usines plutôt que risquer une rupture d’approvisionnement. Cette logique explique la construction ou le maintien de centrales thermiques, même lorsque les capacités solaires progressent rapidement.
Le dépassement du charbon par le solaire en capacité installée ne signifie donc pas un retrait rapide des unités fossiles. Il révèle plutôt une coexistence prolongée entre deux systèmes, l’un fondé sur une énergie pilotable très carbonée, l’autre sur une production bas carbone mais variable. La question centrale porte maintenant sur le rythme de substitution dans la production effective.

Les records 2025 accélèrent le basculement du parc chinois
La progression annoncée s’inscrit dans une dynamique déjà visible l’an dernier. La Chine a installé un record de 315 gigawatts de capacité solaire en 2025, selon les données reprises par les médias publics et les agences spécialisées. À titre de comparaison, ce volume dépasse la capacité électrique totale de nombreux pays industrialisés. Le rythme d’installation chinois modifie les équilibres mondiaux du secteur photovoltaïque.
L’éolien a également connu une forte poussée, avec 119 gigawatts ajoutés en 2025. Les deux filières bénéficient d’une chaîne industrielle très intégrée, depuis la production de silicium et de wafers jusqu’à l’assemblage des modules, des onduleurs et des turbines. Les fabricants chinois ont réduit les coûts grâce à la taille des usines, à l’automatisation et à une concurrence interne intense.
Cette accélération répond à plusieurs objectifs. Le premier est climatique, avec la promesse d’un pic d’émissions avant 2030. Le second est industriel, car Pékin entend conserver une avance technologique dans les filières bas carbone. Le troisième est géopolitique, puisque la réduction des importations d’hydrocarbures limite l’exposition aux tensions maritimes et aux fluctuations de prix sur les marchés mondiaux.
Le développement des renouvelables crée aussi des difficultés économiques. Les prix de gros de l’électricité peuvent chuter lorsque la production solaire est abondante au milieu de la journée. Certaines installations sont parfois bridées, faute de lignes suffisantes ou de demande locale. Les producteurs doivent adapter leurs modèles, en combinant contrats à long terme, stockage, autoconsommation industrielle et pilotage plus fin des réseaux.
Les records de 2025 donnent une profondeur à l’annonce de septembre 2026. Le franchissement du seuil n’est pas le résultat d’une correction ponctuelle, mais d’une accumulation d’investissements, de projets provinciaux et d’économies d’échelle. La prochaine étape portera sur la qualité de l’intégration électrique, davantage que sur la seule addition de gigawatts.
State Grid, stockage et provinces déterminent le rythme réel
Le rôle de State Grid, principal opérateur de réseau du pays, devient central dans cette phase. Les grands parcs solaires sont souvent installés dans des régions éloignées des bassins de consommation, comme le Xinjiang, le Gansu, la Mongolie intérieure ou le Qinghai. L’électricité doit ensuite être transportée vers les zones industrielles de la côte, où la demande reste la plus forte.
La Chine investit depuis plusieurs années dans des lignes à très haute tension, capables de déplacer de grandes quantités d’électricité sur plusieurs milliers de kilomètres. Ces infrastructures permettent d’absorber une partie de la production renouvelable des provinces de l’ouest. Elles exigent néanmoins des autorisations, des dépenses massives et une coordination étroite entre les administrations locales, les opérateurs et les producteurs.
Le stockage constitue un autre maillon décisif. Batteries stationnaires, stations de pompage hydraulique, hydrogène et pilotage de la demande sont mobilisés pour lisser la production solaire. Sans ces outils, une hausse rapide des capacités peut aboutir à des pertes d’électricité lors des heures les plus ensoleillées. Les usines équipées de batteries ou capables de déplacer certains usages vers la journée prennent un avantage opérationnel.
Les provinces disposent d’une marge de manœuvre importante. Certaines privilégient les projets solaires géants connectés au réseau national, d’autres favorisent les toitures d’usines ou les installations agricoles. Les régions charbonnières doivent aussi gérer l’emploi, les recettes fiscales et la reconversion d’actifs thermiques. Le basculement énergétique chinois ne se joue donc pas seulement à Pékin, mais dans des arbitrages locaux très concrets.
Le seuil de juillet 2026 installe une nouvelle référence pour les marchés de l’énergie. Les fabricants de panneaux, les groupes miniers, les opérateurs de réseau et les industriels électro-intensifs vont ajuster leurs décisions à partir de cette hiérarchie modifiée des capacités. L’évolution reste incertaine sur la vitesse de recul du charbon dans la production réelle, mais le rapport de force industriel s’est déjà déplacé.
Questions fréquentes
- Le solaire produit-il déjà plus d'électricité que le charbon en Chine ?
- Non. L’annonce concerne la capacité installée, c’est-à-dire la puissance maximale théorique. Le charbon conserve un rôle majeur dans la production réelle, car les centrales thermiques peuvent fonctionner de manière pilotable sur de longues périodes.
- Quel chiffre marque le dépassement annoncé par la Chine ?
- Fin juillet 2026, la capacité solaire installée atteignait 1,286 milliard de kilowatts, contre 1,285 milliard de kilowatts pour les centrales à charbon, selon l’Administration nationale de l’énergie.
- Pourquoi ce seuil compte-t-il pour les objectifs climatiques chinois ?
- Il montre l’ampleur des investissements renouvelables engagés par Pékin. Pour peser pleinement sur le climat, cette croissance devra s’accompagner d’une baisse effective de la production au charbon et d’un renforcement du stockage et des réseaux.
Sources
- L'énergie solaire dépasse le charbon en Chine
- En Chine, les capacités d'énergie solaire dépassent désormais celles du charbon – franceinfo
- les capacités d'énergie solaire dépassent celles du charbon
- En Chine, les capacités d'énergie solaire dépassent celles …
- LFM – La Radio – Chine: les capacités d'énergie solaire…




