La Suisse n’a jamais produit autant d’électricité solaire qu’en 2026, selon les informations diffusées par la RTS. Cette production record intervient dans un contexte énergétique tendu, marqué par la sécheresse, le recul du rendement hydraulique et l’arrêt des deux réacteurs de Beznau. Le photovoltaïque a permis de couvrir une part du déficit, tout en préservant les réserves des barrages. Cette réussite technique met aussi en lumière les fragilités du réseau électrique suisse, encore peu préparé à absorber une production aussi décentralisée.
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La RTS documente un record solaire suisse en 2026
La progression du photovoltaïque suisse atteint un niveau inédit cette année. Selon la RTS, les installations solaires ont battu des records de production durant l’été, au point de jouer un rôle visible dans l’équilibre électrique national. Cette performance ne relève plus d’un appoint marginal. Elle place le solaire parmi les sources capables d’influencer concrètement le fonctionnement quotidien du système électrique.
Dans un entretien accordé à la RTS, François Fellay, spécialiste du secteur, résume l’enjeu par une formule directe : le solaire constitue un défi, pas un problème. Son propos insiste sur un point souvent négligé dans le débat public. La Suisse a massivement développé ses panneaux sans artificialiser de vastes surfaces, puisque 98% des installations sont posées sur le patrimoine bâti, principalement des toitures d’habitations, d’entrepôts, de fermes et de bâtiments publics.
Cette densification place le pays parmi les dix premiers au monde pour le ratio de production solaire par habitant. La production photovoltaïque a plus que doublé en cinq ans et couvre désormais l’équivalent de la consommation annuelle d’environ 1,2 million de ménages. Le mouvement s’est accéléré après la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine, lorsque particuliers, entreprises et collectivités ont recherché une protection partielle contre la volatilité des prix.
Le record de 2026 ne signifie pas que le système soit stabilisé. Il montre plutôt que le solaire a franchi un seuil industriel et territorial. Les panneaux installés sur les bâtiments produisent beaucoup au même moment, notamment en milieu de journée. Cette concentration modifie les flux électriques, oblige les gestionnaires à ajuster leurs prévisions et impose aux distributeurs locaux une lecture plus fine de la consommation réelle, quartier par quartier.

Sécheresse et Beznau renforcent le rôle du photovoltaïque
L’été énergétique suisse a été marqué par une combinaison défavorable. La sécheresse a réduit le débit de certains cours d’eau, ce qui a pesé sur les centrales hydrauliques au fil de l’eau. Dans le même temps, les deux réacteurs Beznau I et II ont été arrêtés, retirant temporairement une capacité de production importante du système. Dans ce contexte, la hausse du solaire a limité la tension sur l’approvisionnement.
La Commission fédérale de l’électricité, l’Elcom, souligne que le photovoltaïque a joué un rôle de tampon face à des conditions hydrologiques défavorables. Sans le développement rapide des installations ces dernières années, le bilan électrique aurait été plus contraint. Cette observation donne une portée stratégique au solaire, longtemps décrit comme intermittent et secondaire dans un pays historiquement structuré autour de l’hydraulique et du nucléaire.
Les installations photovoltaïques ont également contribué à préserver les barrages. Lorsque le soleil couvre une partie plus importante de la demande en journée, l’eau stockée peut être conservée pour d’autres périodes, notamment le soir, la nuit ou les semaines moins favorables. Cette complémentarité devient précieuse lorsque les précipitations manquent et que les réserves doivent être gérées avec prudence sur plusieurs mois.
Le rôle du solaire reste néanmoins dépendant de la météo, des saisons et de la capacité du réseau à intégrer la production. Les pics estivaux ne règlent pas la question hivernale, période durant laquelle les besoins de chauffage et d’éclairage augmentent. La Suisse doit donc analyser ce record avec précision. Il confirme l’utilité du photovoltaïque lors des périodes chaudes et ensoleillées, mais il rappelle aussi la nécessité de solutions de stockage, d’importations maîtrisées et de pilotage de la demande.

Swissgrid prévoit 5,5 milliards pour adapter le réseau
La montée du solaire déplace le centre de gravité du système électrique. Une production longtemps concentrée dans de grandes centrales arrive désormais par milliers de petites unités. Cette décentralisation met sous pression le réseau électrique, notamment les lignes locales, les postes de transformation et les outils de supervision. Dans certains secteurs, l’électricité produite à midi dépasse les besoins immédiats, ce qui complique son absorption.
Le gestionnaire national Swissgrid a prévu d’investir près de 5,5 milliards de francs dans le réseau d’ici 2040. Ces dépenses doivent accompagner la transformation du mix électrique, sécuriser les grands axes de transport et améliorer la capacité à faire circuler l’énergie entre régions. L’enjeu ne se limite pas à poser davantage de câbles. Il s’agit aussi de moderniser les équipements, de renforcer les interconnexions et de rendre les flux plus prévisibles.
La question du stockage reste centrale. Les batteries domestiques progressent, mais leur coût et leur durée d’utilisation limitent encore leur diffusion massive. Les stations de pompage-turbinage offrent une solution à grande échelle, mais elles ne peuvent pas absorber toutes les fluctuations locales. Sara Eicher, chargée de recherche et développement à la HEIG-VD, rappelle que le stockage électrique n’est pas prêt à répondre seul au volume actuel de photovoltaïque.
Les distributeurs explorent plusieurs leviers complémentaires. Les compteurs intelligents permettent de mieux mesurer les pointes de production et de consommation. Les tarifs dynamiques peuvent encourager certains usages, recharge de voiture électrique, production de chaleur ou fonctionnement d’équipements industriels, lorsque le soleil produit beaucoup. Les onduleurs peuvent aussi être pilotés pour éviter des surtensions locales. Ces ajustements techniques deviennent indispensables à mesure que le photovoltaïque quitte le statut d’énergie émergente pour devenir une composante de masse.
La filière solaire suisse vise un doublement d’ici 2030
Le record de 2026 ne suffit pas à atteindre les objectifs climatiques et énergétiques du pays. Selon les données relayées par la RTS, la Suisse devra encore doubler son effort solaire d’ici 2030. Cette trajectoire suppose d’installer davantage de panneaux, mais aussi de raccorder plus vite les projets, de simplifier certaines procédures et de former assez de techniciens pour suivre la demande.
La dynamique reste fragile. La baisse des tarifs de rachat de l’électricité inquiète une partie des propriétaires et des installateurs. Lorsque la rémunération de l’énergie injectée dans le réseau diminue, la rentabilité des projets devient plus dépendante de l’autoconsommation. Les ménages qui utilisent directement leur production, par exemple avec une pompe à chaleur ou une voiture électrique, sont mieux placés que ceux qui revendent la majorité de leurs kilowattheures.
Le débat énergétique suisse se complexifie aussi avec la relance des discussions autour du nucléaire. Les partisans d’une diversification du parc mettent en avant la sécurité d’approvisionnement hivernale. Les défenseurs du solaire insistent sur la rapidité de déploiement, l’acceptabilité des toitures et la baisse des coûts des panneaux. Entre ces positions, les autorités doivent arbitrer des investissements lourds, dont les effets se mesureront sur plusieurs décennies.
Le potentiel du patrimoine bâti demeure considérable. Toits plats d’immeubles, exploitations agricoles, parkings couverts, façades industrielles et bâtiments publics peuvent encore accueillir des installations. Les cantons disposent de marges d’action à travers leurs règles de construction, leurs soutiens financiers et leurs plans énergétiques. La production record de cette année donne une base concrète au débat : le solaire contribue déjà à l’approvisionnement, mais son expansion exige un réseau plus robuste, des signaux économiques lisibles et une coordination étroite entre Confédération, cantons, communes et opérateurs.
Questions fréquentes
- Pourquoi la production solaire suisse atteint-elle un record en 2026 ?
- Le parc photovoltaïque a fortement augmenté ces dernières années, principalement sur les toitures et bâtiments existants. Les nombreuses heures d’ensoleillement de l’été 2026 ont permis à ces installations de produire à un niveau inédit.
- Le solaire a-t-il évité une pénurie d'électricité en Suisse ?
- Il a contribué à réduire la tension sur l’approvisionnement. La sécheresse a diminué le rendement hydraulique et Beznau I et II étaient arrêtés, mais la production photovoltaïque a couvert une partie du déficit en journée.
- Pourquoi le réseau électrique suisse est-il sous pression ?
- La production solaire est très décentralisée et concentrée aux heures les plus ensoleillées. Le réseau doit absorber des flux variables venant de milliers de sites, ce qui exige des investissements, du pilotage et davantage de solutions de stockage.
Sources
- François Fellay: "Le solaire est un défi, pas un problème" | RTS
- La Suisse n'a jamais produit autant d'énergie solaire que cette année – 19h30 – Play RTS
- Le réseau électrique suisse ne parvient pas à absorber toute l'énergie solaire produite | RTS
- L'énergie solaire évite une pénurie d'électricité en Suisse | RTS
- L'énergie solaire en plein doute




