La centrale nucléaire de Flamanville, dans la Manche, connaît une forte réduction d’activité après le passage de la tempête Goretti sur le Cotentin. Les trois unités du site, dont l’EPR Flamanville 3, sont concernées par des arrêts ou des vérifications techniques. L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection a activé son centre de crise après une perte de redondance électrique sur l’unité 2, avant de le désactiver lorsque la situation a été stabilisée. Selon l’autorité, aucun impact sur la population ni sur l’environnement n’a été constaté.
Sommaire
La tempête Goretti arrête les trois réacteurs de Flamanville
Le ralentissement de la centrale trouve son origine immédiate dans les effets de la tempête Goretti, qui a frappé la presqu’île du Cotentin avec une intensité inhabituelle. Les vents ont dépassé les 200 km/h par endroits, selon les données communiquées après l’épisode météorologique. Dans un site nucléaire implanté en bord de Manche, ce type d’événement déclenche des procédures de contrôle très encadrées, même lorsque les installations résistent physiquement aux rafales.
Les trois réacteurs de Flamanville ont été mis à l’arrêt ou maintenus hors production, ce qui explique la baisse visible de l’activité électrique du site. Flamanville 1 et Flamanville 2 sont des unités de 1 300 MW chacune, tandis que Flamanville 3 correspond à l’EPR de 1 600 MW. Pris ensemble, ces réacteurs représentent une capacité importante pour le réseau, surtout dans l’ouest du pays.
Un arrêt de production ne signifie pas une situation accidentelle. Dans l’industrie nucléaire, la prudence impose de vérifier les alimentations électriques, les équipements de refroidissement, les systèmes de conduite et les accès au site après un épisode naturel extrême. Les opérateurs doivent aussi contrôler l’état des lignes, des transformateurs, des groupes de secours et des dispositifs de communication internes.
Le site de Flamanville occupe une place particulière dans le parc français. EDF indique que la centrale a produit 16,4 TWh d’électricité bas carbone en 2025 et qu’elle couvre plus de 60 % des besoins électriques normands. Une baisse temporaire de production y a donc des conséquences opérationnelles pour EDF, même si le réseau national dispose d’autres moyens de compensation.
Cette situation illustre la sensibilité des installations énergétiques aux phénomènes climatiques violents. Les centrales nucléaires sont conçues pour faire face à des agressions externes, mais chaque événement réel impose une analyse ligne par ligne. Les décisions de redémarrage ne dépendent pas seulement de l’état des réacteurs, elles reposent aussi sur la disponibilité complète des systèmes auxiliaires.

L’ASNR active sa cellule de crise pour Flamanville 2
L’élément le plus surveillé a concerné l’unité 2. Selon les informations disponibles, l’alimentation électrique du réacteur ne reposait plus que sur un seul groupe électrogène diesel de secours, au lieu de deux dispositifs redondants. Cette configuration a conduit l’ASNR à mobiliser une vingtaine d’experts dans son centre de crise, le temps d’évaluer la marge disponible pour la sûreté.
La redondance constitue un principe central dans le nucléaire. Elle consiste à prévoir plusieurs équipements capables d’assurer la même fonction essentielle, par exemple l’alimentation électrique de systèmes de refroidissement. Lorsqu’un seul moyen reste pleinement disponible, la situation n’est pas automatiquement dangereuse, mais elle devient moins confortable pour l’exploitant et pour l’autorité de contrôle.
Christophe Quintin, inspecteur en chef de l’ASNR, a décrit une situation désagréable du point de vue de la sûreté, car l’unité ne bénéficiait plus d’alimentation électrique externe par câbles et ne disposait plus que d’un seul groupe électrogène disponible. Cette formulation traduit la logique du contrôle nucléaire: l’enjeu porte moins sur un dommage constaté que sur la réduction temporaire des barrières de sécurité.
L’autorité a indiqué que l’événement n’avait pas d’impact sur la population ni sur l’environnement. Ce point est important, car l’activation d’une cellule de crise ne correspond pas nécessairement à une alerte radiologique. Elle sert aussi à rassembler rapidement les compétences techniques, à suivre l’état des équipements et à vérifier que les décisions de l’exploitant restent adaptées.
La cellule de crise a ensuite été levée, après les premières mesures de sécurisation. Pour Flamanville 2, la priorité était de restaurer une marge suffisante dans l’alimentation de secours. Dans un contexte de sûreté nucléaire, le retour à une configuration normale se mesure par la disponibilité des équipements, pas par la seule absence d’incident visible depuis l’extérieur du site.

EDF rétablit une alimentation redondante sur le site normand
Les équipes d’EDF ont été mobilisées pour remettre en place une alimentation redondante après le passage de Goretti. Cette étape conditionne la reprise progressive d’une exploitation plus classique. Avant tout redémarrage, l’exploitant doit démontrer que les moyens électriques externes et internes sont disponibles, testés et compatibles avec les exigences de conduite des installations.
Dans une centrale, l’alimentation électrique ne sert pas seulement à produire. Elle alimente les systèmes de commande, les pompes, les automatismes, les capteurs, les éclairages de sûreté et les moyens de communication. Même lorsqu’un réacteur est arrêté, il conserve une puissance résiduelle à évacuer. Cette réalité explique pourquoi les groupes de secours et les lignes externes font partie des équipements les plus surveillés après une tempête.
Le rétablissement du réseau externe dépend à la fois du site industriel et des infrastructures environnantes. Les vents violents peuvent endommager des lignes, perturber des postes électriques ou compliquer l’accès des équipes d’intervention. Dans le Cotentin, la situation géographique ajoute une contrainte: la centrale est exposée aux conditions maritimes, avec des rafales puissantes et des épisodes de submersion surveillés lors des fortes dépressions.
EDF doit aussi composer avec une organisation interne complexe. Flamanville réunit deux réacteurs historiques et un EPR plus récent, ce qui multiplie les procédures, les équipes spécialisées et les interfaces techniques. Chaque unité possède ses propres exigences, mais les décisions de site doivent rester cohérentes, surtout lorsque les accès, les alimentations ou les moyens de crise sont affectés par le même événement naturel.
Le calendrier de reprise dépendra des contrôles achevés par l’exploitant et des échanges avec l’autorité de sûreté. Une centrale peut rester au ralenti plusieurs jours si les vérifications révèlent des réparations à mener ou des essais complémentaires à réaliser. Cette lenteur apparente correspond à une logique industrielle: mieux vaut différer la production que redémarrer avec une redondance incomplète.
Flamanville 3 reste surveillé après une montée en puissance laborieuse
L’arrêt de l’EPR Flamanville 3 retient particulièrement l’attention, car ce réacteur a connu une trajectoire industrielle longue et suivie de près. D’une puissance de 1 600 MW, il représente la vitrine française d’une technologie de nouvelle génération. Sa montée en puissance a été marquée par une période d’essais exigeante, avec des contrôles successifs sur des équipements nucléaires et conventionnels.
Avant l’épisode Goretti, l’EPR avait récemment atteint sa pleine puissance thermique après une année de tests jugée laborieuse par plusieurs observateurs. Dans ce contexte, tout arrêt supplémentaire est examiné avec attention, même lorsqu’il découle d’un événement météorologique extérieur au fonctionnement propre du réacteur. EDF doit préserver la disponibilité industrielle de l’unité tout en respectant les jalons de sûreté imposés à un réacteur de cette catégorie.
Le poids économique du site renforce cet enjeu. EDF indique que Flamanville 1, 2 et 3 ont produit 16,4 TWh d’électricité bas carbone en 2025. L’entreprise précise aussi que l’ensemble du site couvre plus de 60 % des besoins électriques normands. Ces chiffres donnent la mesure du rôle régional de la centrale, au-delà du débat national sur le nucléaire.
Le fonctionnement au ralenti intervient aussi dans un contexte où les arrêts d’unités nucléaires sont scrutés par les marchés de l’électricité, les collectivités et les industriels. Une indisponibilité temporaire peut être absorbée par le parc national, mais sa répétition pèse sur les prévisions de production. Pour EDF, l’enjeu consiste à distinguer clairement ce qui relève de la tempête, des essais de l’EPR et des opérations de maintenance courantes.
La suite dépendra des rapports techniques transmis à l’ASNR, des essais de réalimentation et des contrôles réalisés sur chaque unité. Les habitants du Cotentin, les salariés du site et les acteurs économiques locaux suivent une situation où la prudence réglementaire prime sur la rapidité de remise en service. Les prochaines communications d’EDF permettront de préciser le rythme de reprise des unités concernées.
Questions fréquentes
- Pourquoi Flamanville fonctionne-t-elle au ralenti ?
- La centrale est ralentie après le passage de la tempête Goretti, qui a conduit à l’arrêt ou au maintien hors production des trois unités. Les contrôles portent surtout sur les alimentations électriques, les équipements de secours et les systèmes nécessaires à la sûreté.
- La situation présente-t-elle un danger pour les habitants ?
- L’ASNR a indiqué que l’événement n’avait pas d’impact sur la population ni sur l’environnement. L’activation du centre de crise visait à suivre une perte temporaire de redondance électrique sur Flamanville 2.
- Quand la centrale peut-elle reprendre une production normale ?
- Le calendrier dépend des vérifications menées par EDF, du rétablissement des alimentations redondantes et des échanges avec l’autorité de sûreté. La reprise complète nécessite des essais concluants sur chaque unité concernée.
Sources
- Centrale nucléaire de Flamanville : pourquoi l'ASNR a déclenché sa cellule de crise après la tempête Goretti
- Centrale nucléaire de Flamanville — Wikipédia
- Centrale de Flamanville : pourquoi le gendarme du nucléaire a mis en demeure EDF
- Centrale nucléaire de Flamanville — Wikipédia
- La centrale nucléaire de Flamanville | Groupe EDF




