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1 104 000 km, deux fois la France, Addis-Abeba rêve d’un géant solaire africain, ce que Trump menace de détruire

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L’Éthiopie affiche une ambition claire: compléter sa puissance hydroélectrique par une montée en charge rapide du solaire. Ce projet, suivi par Les Echos, intervient au moment où le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche fragilise les circuits de financement climatique, les programmes d’aide et la disponibilité des équipements pour plusieurs pays africains.

Addis-Abeba veut réduire sa dépendance au Grand barrage

Le pari solaire de l’Éthiopie part d’un constat géographique favorable. Le pays couvre 1 104 000 km, soit près de deux fois la superficie de la France, avec de vastes zones de hauts plateaux, de plaines arides et de régions isolées où le raccordement classique demeure coûteux. Cette taille, qui en fait l’un des plus grands territoires du continent africain, constitue un atout pour implanter des fermes photovoltaïques loin des zones urbaines saturées.

La stratégie énergétique d’Addis-Abeba repose encore fortement sur l’hydroélectricité. Le Grand barrage de la Renaissance, construit sur le Nil Bleu, incarne cette orientation. Avec une capacité annoncée d’environ 5 000 MW, l’ouvrage représente un levier majeur pour produire de l’électricité, alimenter l’industrie et vendre des excédents aux pays voisins. Mais cette dépendance à l’eau expose le système aux variations climatiques, aux tensions diplomatiques autour du Nil et aux besoins de maintenance d’une infrastructure unique de très grande taille.

Le solaire répond à une autre logique. Des centrales moyennes, installées près des bassins de consommation ou en complément de réseaux locaux, peuvent diversifier l’approvisionnement. Pour un pays où la demande augmente avec l’urbanisation, l’industrialisation et l’électrification rurale, cette diversification devient un sujet de sécurité économique. Elle permettrait de soulager les barrages pendant les périodes de pression sur les ressources en eau et de limiter les coupures qui freinent l’activité des PME.

Les autorités mettent aussi en avant un argument social. L’accès à l’électricité demeure inégal entre les grandes villes et les zones rurales. Des mini-réseaux solaires, associés à des batteries, peuvent alimenter des écoles, des centres de santé, des pompes à eau et de petits ateliers. Le défi n’est pas seulement technique: il suppose des tarifs soutenables, des entreprises locales capables d’assurer la maintenance et des financements patients, adaptés à des revenus encore faibles dans de nombreux districts.

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Ligne électrique Éthiopie Kenya et poste haute tension régional
L’interconnexion Éthiopie-Kenya renforce les échanges électriques en Afrique de l’Est. — Photo : G. Cortez / Pexels

La ligne Éthiopie-Kenya transforme les exportations électriques

La montée du solaire s’inscrit dans une architecture régionale déjà avancée. L’interconnexion Éthiopie-Kenya, longue de 1 045 kilomètres entre Wolayta-Sodo et Suswa, illustre la volonté d’Addis-Abeba de devenir un fournisseur d’électricité pour l’Afrique de l’Est. Cette autoroute électrique donne au pays un débouché vers un marché plus large, avec une capacité à vendre des surplus quand la production dépasse la demande interne.

Cette dimension exportatrice a longtemps servi d’argument aux autorités. Les ventes au Kenya, au Soudan ou à d’autres voisins renforcent les recettes en devises et donnent une utilité économique aux grands ouvrages. Mais le gouvernement a déjà indiqué vouloir privilégier la demande intérieure lorsque le réseau national est sous tension. La fin annoncée du rationnement de l’électricité s’accompagne de choix plus stricts: alimenter les ménages et les industriels locaux passe avant l’exportation lorsque les capacités disponibles se resserrent.

Le solaire peut modifier cet arbitrage. Une production mieux répartie sur le territoire réduirait la pression sur les lignes à haute tension et limiterait les pertes liées au transport. Dans les zones agricoles, l’électricité photovoltaïque peut soutenir l’irrigation, le stockage réfrigéré et la transformation des denrées. Dans les périphéries urbaines, elle peut compléter le réseau aux heures de pointe, surtout lorsque les entreprises cherchent une alimentation plus prévisible que les groupes électrogènes alimentés au carburant importé.

Les opérateurs régionaux observent aussi la question de la stabilité. Une interconnexion longue exige des postes électriques fiables, des équipes de surveillance et des mécanismes de règlement entre États. L’ajout de centrales solaires suppose une gestion plus fine de la production, car le photovoltaïque varie selon l’ensoleillement. Les batteries, les prévisions météorologiques et les contrats d’achat deviennent de ce fait des éléments centraux, autant que les panneaux installés dans les champs.

Réunion sur les financements solaires et investissements énergétiques en Éthiopie
Le financement des projets solaires dépend d’arbitrages publics et privés complexes. — Photo : Christian Alemu / Pexels

Trump fragilise les financements climatiques africains en 2026

Le principal risque vient désormais de Washington. La politique énergétique de Donald Trump favorise les hydrocarbures, réduit la priorité accordée au climat et revoit le rôle des agences américaines dans l’aide internationale. Pour l’Éthiopie, l’enjeu n’est pas un unique chèque américain, mais tout un environnement financier dans lequel les États-Unis pèsent lourd, directement ou par leur influence dans les institutions multilatérales.

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Les projets solaires africains reposent souvent sur un assemblage complexe: prêts concessionnels, garanties publiques, capitaux privés, assistance technique et contrats d’achat d’électricité de long terme. Si les financements climatiques se resserrent, le coût du capital augmente. Une centrale qui semblait viable avec un prêt long et peu coûteux devient plus difficile à financer avec des taux plus élevés. Les développeurs réclament alors des garanties supplémentaires, ce qui déplace le risque vers l’État éthiopien.

L’influence américaine compte aussi à la Banque mondiale, dans les banques régionales et auprès des assureurs de risques politiques. Un signal négatif venu de Washington peut ralentir les décisions, même lorsque les fonds ne proviennent pas directement du budget fédéral américain. Les investisseurs regardent la cohérence des politiques publiques, la stabilité des contrats et la capacité d’un pays à payer les producteurs indépendants. Dans un contexte de devises limitées, chaque retard de garantie ou de décaissement peut repousser un chantier de plusieurs mois.

La question industrielle complète le tableau. Les panneaux, onduleurs et batteries circulent dans des chaînes d’approvisionnement mondialisées. Des tensions commerciales entre Washington, Pékin et d’autres capitales peuvent renchérir certains composants ou compliquer les appels d’offres. L’Éthiopie, qui veut attirer des fabricants et des installateurs, doit convaincre que son marché restera suffisamment prévisible. Sans visibilité sur les financements et les importations, les entreprises privilégient souvent des pays où les règles sont plus lisibles.

Les BRICS offrent une alternative encore incomplète à Addis-Abeba

Face au durcissement américain, Addis-Abeba cherche d’autres appuis. L’intégration de l’Éthiopie dans les cercles des BRICS nourrit l’idée d’un accès élargi aux capitaux, aux technologies et aux partenaires industriels. La Chine, l’Inde ou les pays du Golfe disposent d’entreprises capables de construire rapidement des centrales solaires, des lignes électriques et des installations de stockage. Pour les autorités, cette diversification diplomatique réduit la dépendance aux bailleurs occidentaux.

Mais l’alternative n’est pas automatique. Les investisseurs privés demandent des contrats solides, une monnaie plus stable et une visibilité sur les paiements. Les projets énergétiques exigent souvent des engagements sur vingt ans ou plus. Si l’acheteur public d’électricité accumule des retards, le coût du risque grimpe. Les bailleurs non occidentaux peuvent accepter davantage de risque politique, mais ils négocient en retour des garanties, des clauses de remboursement ou des accords sur les équipements fournis.

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Le contenu local représente un autre dossier sensible. Importer massivement des panneaux solaires permet d’aller vite, mais crée peu d’emplois durables si la maintenance, l’ingénierie et la formation restent limitées. L’Éthiopie cherche à développer une base industrielle, notamment autour des zones économiques et de la main-d’œuvre urbaine. Pour que le solaire devienne un moteur productif, il faut des techniciens, des normes de qualité, des laboratoires de test et des entreprises capables de réparer les installations hors des grandes villes.

Le réseau reste le juge de paix. Sans modernisation des réseaux électriques, les nouvelles capacités risquent de se heurter à des congestions, à des pertes élevées ou à des coupures locales. Les priorités concrètes portent sur les postes de transformation, le comptage, le stockage et la planification régionale. Les prochains appels d’offres indiqueront si Addis-Abeba parvient à transformer son potentiel solaire en chantiers bancables, malgré un climat financier international devenu moins favorable aux projets verts africains.

Questions fréquentes

Pourquoi l’Éthiopie mise-t-elle sur l’énergie solaire ?
Le pays dispose d’un vaste territoire, d’un fort ensoleillement et de besoins électriques en hausse. Le solaire permettrait de compléter l’hydroélectricité, de mieux alimenter les zones rurales et de réduire la pression sur les grands barrages.
Quel rôle joue Donald Trump dans ce dossier énergétique ?
La politique américaine peut influencer l’aide internationale, les garanties publiques et les décisions de financement des institutions multilatérales. Un retrait du soutien climatique rend les projets solaires africains plus coûteux et plus difficiles à sécuriser.
Les BRICS peuvent-ils remplacer les financements occidentaux ?
Ils peuvent apporter des capitaux, des entreprises et des équipements, mais ils ne règlent pas tous les obstacles. Les investisseurs réclament des contrats bancables, une bonne gestion du réseau et des garanties sur les paiements de long terme.
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