Les Comores accélèrent leur transition énergétique avec trois centrales solaires réparties sur Grande Comore, Anjouan et Mohéli. Inaugurées le 5 septembre par le président Azali Assoumani, ces installations portent sur une capacité annoncée d’environ 20 MW, complétée par du stockage et des lignes électriques. Pour un archipel encore très dépendant des groupes thermiques au diesel, l’enjeu dépasse la production renouvelable. Il concerne la continuité du service, le coût de l’électricité et la capacité du pays à soutenir son activité économique.
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Azali Assoumani inaugure trois centrales solaires de 20 MW
Le président Azali Assoumani a inauguré trois centrales photovoltaïques destinées à renforcer l’alimentation électrique des principales îles de l’Union des Comores. Le projet, annoncé comme stratégique par les autorités, vise une capacité installée totale proche de 20 MW. Cette puissance reste modeste à l’échelle de grands réseaux continentaux, mais elle représente un apport significatif pour un archipel où les marges de production demeurent limitées.
La mise en œuvre a été confiée à Masdar, entreprise émiratie spécialisée dans les énergies renouvelables. Le projet s’inscrit dans une coopération entre Moroni et les Émirats arabes unis, pays qui cherchent à renforcer leur présence dans les infrastructures énergétiques africaines et insulaires. L’agence de presse émiratie WAM a aussi signalé l’ajout de systèmes de batteries, un point central pour une production solaire soumise à l’alternance entre journée et nuit.
Les installations doivent produire plusieurs dizaines de gigawattheures d’électricité propre par an. Selon les données communiquées autour du projet, la production annuelle attendue pourrait répondre aux besoins d’environ 17 500 foyers. L’opération doit aussi éviter près de 20 900 tonnes de dioxyde de carbone chaque année, sous réserve d’une substitution effective à la production thermique.
Le volet technique inclut environ 16 MWh de stockage par batteries, dont des équipements concentrés sur Grande Comore et Anjouan. Cette composante permet de lisser une partie de la production solaire, de sécuriser certains usages en soirée et de limiter les ruptures brutales d’alimentation. Dans un réseau insulaire, cette stabilité est souvent aussi importante que la puissance installée elle-même.

Le diesel pèse encore sur le réseau électrique comorien
La transition solaire répond d’abord à une contrainte ancienne. Le système électrique comorien reste fortement dépendant du diesel, utilisé pour faire fonctionner des groupes thermiques coûteux à exploiter. Cette dépendance expose le pays aux fluctuations des prix internationaux du carburant, aux difficultés d’approvisionnement maritime et aux charges de maintenance d’équipements parfois sollicités au-delà de leur niveau optimal.
Le déséquilibre entre demande et offre illustre l’ampleur du problème. Les besoins en électricité sont estimés à environ 254 GWh, tandis que la disponibilité réelle avoisine 150 GWh. Cet écart se traduit par des coupures, des délestages et des contraintes pour les ménages comme pour les entreprises. Les commerces équipés de réfrigération, les ateliers, les services de santé et les écoles subissent directement ces interruptions.
La société nationale Ma-Mwe fait face à une équation difficile. Elle doit maintenir la production, financer le carburant, entretenir le réseau et réduire les pertes techniques ou commerciales. L’arrivée de centrales photovoltaïques ne règle pas tous ces paramètres, mais elle diminue une partie de la pression sur les groupes thermiques pendant les heures d’ensoleillement. Les économies dépendront du taux d’utilisation réel des nouvelles centrales et de leur intégration au dispatching électrique.
Le stockage joue ici un rôle de sécurité. Sans batteries, une forte production solaire peut créer des variations rapides sur un réseau fragile. Avec des batteries correctement pilotées, l’opérateur dispose d’une réserve utilisable pour amortir certains pics ou compenser une baisse de production liée aux passages nuageux. Pour les Comores, ce choix technique traduit une volonté de ne pas ajouter uniquement de la puissance, mais de renforcer la qualité du service.

La Banque mondiale finance le Paesc à 43 millions de dollars
Le développement solaire comorien ne repose pas sur un seul partenaire. Le Paesc, Projet d’accès à l’énergie solaire aux Comores, est porté par le gouvernement avec un financement de la Banque mondiale. L’enveloppe annoncée atteint 43 millions de dollars, soit environ 19 milliards de francs comoriens selon les estimations communiquées localement. Une part importante de ce montant doit financer de nouvelles capacités et l’amélioration de l’accès à l’électricité.
Ce programme a pour objectif de diversifier les sources d’énergie et d’étendre l’accès au courant, y compris dans des zones rurales souvent moins bien desservies. Les annonces rapportées ces derniers jours évoquent aussi des projets de centrales supplémentaires, avec une capacité cumulée projetée de 9 MW répartie entre Grande Comore, Anjouan et Mohéli. Cette trajectoire montre que les infrastructures inaugurées ne constituent qu’un segment d’un effort plus large.
Les trois îles disposent déjà de petites unités solaires, avec une capacité cumulée proche de 5 MW selon les données citées dans la presse régionale. La progression vers des installations plus puissantes marque un changement d’échelle. Le solaire n’est plus seulement utilisé comme appoint local ou solution isolée, il devient un élément du réseau public. Cette évolution impose une planification plus rigoureuse, notamment pour les postes de transformation, les protections électriques et les logiciels de pilotage.
La participation de bailleurs internationaux répond aussi à une logique budgétaire. Les investissements initiaux dans le photovoltaïque et les batteries sont élevés pour un État insulaire aux ressources limitées. Le financement concessionnel peut réduire le poids immédiat de ces projets sur les comptes publics. Les retombées dépendront néanmoins de la gouvernance des contrats, de la transparence des coûts et de la capacité des opérateurs locaux à entretenir durablement les équipements.
Grande Comore, Anjouan et Mohéli raccordées au même projet
La répartition géographique du projet constitue l’un de ses points sensibles. Grande Comore, Anjouan et Mohéli présentent des profils de consommation différents, avec des densités de population, des activités économiques et des contraintes de réseau qui ne se superposent pas. Installer des centrales sur chaque île évite de concentrer l’effort sur la capitale et répond à une demande récurrente d’équilibre territorial.
Les infrastructures associées comprennent environ 30 kilomètres de lignes électriques aériennes moyenne tension de 20 kV. Ce détail technique compte autant que les panneaux. Sans lignes adaptées, la production solaire risque de rester sous-utilisée ou de provoquer des congestions locales. Les raccordements doivent permettre d’acheminer l’électricité vers les zones de consommation, tout en limitant les pertes et les incidents sur un réseau déjà fragile.
Les bénéfices attendus concernent le quotidien des habitants. Une alimentation plus régulière facilite la conservation des aliments, le fonctionnement des pompes, l’usage des équipements médicaux et l’activité des petites entreprises. Pour un atelier de soudure, une boulangerie ou un commerce équipé de congélateurs, quelques heures de courant stable peuvent changer l’organisation du travail. L’électricité reste un facteur discret mais décisif de productivité.
La réussite du programme dépendra des opérations de maintenance, de la formation des techniciens et du suivi des batteries, dont les performances diminuent avec le temps. Les panneaux solaires nécessitent aussi un nettoyage régulier, surtout dans des environnements exposés à la poussière, au sel marin et aux intempéries. Les prochains mois permettront d’observer la disponibilité réelle des centrales, les économies de carburant obtenues et la capacité du réseau à absorber cette production renouvelable dans la durée.
Questions fréquentes
- Quelle est la capacité des nouvelles centrales solaires aux Comores ?
- Les installations inaugurées représentent environ 20 MW de capacité solaire, complétés par près de 16 MWh de stockage par batteries et des lignes moyenne tension.
- Pourquoi les Comores investissent-elles dans le solaire ?
- Le pays cherche à réduire sa dépendance au diesel, coûteux et instable, tout en améliorant la disponibilité de l’électricité pour les ménages, les services publics et les entreprises.
- Quel rôle joue la Banque mondiale dans l’énergie solaire comorienne ?
- La Banque mondiale finance le Projet d’accès à l’énergie solaire aux Comores à hauteur de 43 millions de dollars, afin de soutenir de nouvelles capacités et l’accès à l’électricité.
Sources
- Comores : Trois nouvelles centrales photovoltaïques annoncées – Le Journal De Mayotte
- Energie aux Comores : vers la construction de trois nouvelles centrales photovoltaïques
- Les Émirats arabes unis inaugurent trois centrales solaires au Comores
- Comores : 20 MW de capacités solaires viennent renforcer un réseau encore dépendant du diesel
- La banque mondiale investit dans l'énergie aux Comores – Outre-mer La 1ère




