Le SMGEAG a présenté un outil d’intelligence artificielle destiné à mieux localiser les fuites sur le réseau d’eau potable en Guadeloupe. La démonstration menée à Belmont, sur la commune de Trois-Rivières, intervient dans un contexte critique: les pertes peuvent atteindre 70% de la production. L’établissement public veut aussi reconstituer une organisation technique autour de données plus fiables, afin de réduire les délais entre la détection d’une anomalie et la réparation sur le terrain.
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Le SMGEAG teste Leakmited à Belmont Trois-Rivières
La présentation réalisée à Belmont, dans le secteur de Trois-Rivières, avait valeur de test grandeur nature pour le SMGEAG. Les équipes ont observé le fonctionnement de la solution développée par Leakmited, une start-up spécialisée dans l’analyse des réseaux d’eau potable. L’objectif annoncé est concret: identifier plus rapidement les zones où une casse ou une fuite invisible provoque une perte de ressource.
Le dispositif repose sur le croisement de plusieurs données, notamment les caractéristiques du réseau, les historiques d’intervention, les variations de débit et les indices de fragilité connus des canalisations. L’intelligence artificielle ne remplace pas les agents de terrain, elle sert à orienter leurs recherches. Dans une commune où les conduites peuvent traverser des zones difficiles d’accès, cette priorisation représente un gain opérationnel important.
Sur le terrain, la recherche classique d’une fuite exige souvent de longues vérifications acoustiques, des ouvertures ciblées de chaussée et une mobilisation d’équipes spécialisées. Le nouvel outil doit réduire cette phase d’incertitude. En désignant des tronçons plus probables, il permet au service d’envoyer les techniciens là où la probabilité de rupture est la plus forte, avec une meilleure préparation du matériel et des interventions.
Le choix de Belmont n’est pas anodin. Le secteur de la Basse-Terre concentre plusieurs enjeux liés au relief, aux pressions variables et à l’ancienneté des équipements. Pour le SMGEAG, la démonstration ne se limite donc pas à une vitrine technologique. Elle s’inscrit dans une tentative de reprise en main d’un réseau devenu difficile à piloter sans outils numériques capables de hiérarchiser les urgences.

70% de pertes d’eau fragilisent le réseau guadeloupéen
La donnée la plus préoccupante reste le niveau des pertes. En Guadeloupe, jusqu’à 70% de l’eau produite peut disparaître avant d’arriver au robinet des usagers. Ce chiffre traduit l’état d’un réseau vétuste, marqué par des canalisations anciennes, des réparations successives et des secteurs où les fuites souterraines restent invisibles pendant plusieurs jours, parfois davantage.
Pour les habitants, cette situation se traduit par des coupures, des baisses de pression et une relation tendue avec le service public de l’eau. Chaque mètre cube perdu représente aussi une dépense déjà engagée: captage, traitement, pompage et distribution. Lorsque la ressource s’échappe dans les sols, la collectivité supporte des coûts sans service rendu, tandis que les abonnés attendent une amélioration durable.
Le sujet dépasse la seule technique. La Guadeloupe connaît depuis plusieurs années une crise de l’eau qui touche la vie quotidienne, l’activité économique et les établissements sensibles. Les hôpitaux, les écoles, les restaurants ou les hébergements touristiques dépendent d’une alimentation régulière. Dans ce contexte, la détection des fuites devient une question de continuité du service, pas uniquement un indicateur de performance.
Les pertes élevées compliquent d’autre part la planification des travaux. Un réseau qui fuit massivement oblige à arbitrer entre urgence immédiate et rénovation lourde. Réparer une conduite cassée soulage un quartier, mais ne règle pas toujours la faiblesse structurelle du tronçon. L’enjeu pour le SMGEAG consiste donc à utiliser les données pour distinguer les réparations rapides, les remplacements prioritaires et les investissements à inscrire dans la durée.

L’IA doit guider les réparations du SMGEAG
Le recours à l’IA est présenté comme un moyen de reconstruire une méthode de travail autour d’informations vérifiées. Le SMGEAG veut reconstituer une équipe capable d’exploiter les résultats produits par l’outil, puis de les transformer en interventions concrètes. Cette organisation suppose des profils complémentaires: agents de terrain, analystes de données, responsables de secteur et entreprises chargées des travaux.
La valeur d’un tel outil dépend de la qualité des données disponibles. Plans de réseau, dates de pose, matériaux, incidents passés, mesures de pression et retours des usagers doivent être consolidés. Si ces informations sont incomplètes, l’analyse perd en précision. Le travail attendu ne porte donc pas seulement sur un logiciel, mais sur toute la chaîne de remontée, de vérification et de mise à jour des données.
Dans les collectivités confrontées à des réseaux anciens, l’intelligence artificielle sert surtout à classer les risques. Elle peut signaler qu’un tronçon en fonte grise, soumis à des variations de pression et déjà réparé plusieurs fois, mérite une inspection prioritaire. Cette approche aide à sortir d’une logique uniquement réactive, où les équipes interviennent après signalement d’une casse ou d’une coupure.
Le gain espéré concerne aussi le délai de réparation. Une fuite localisée plus vite réduit la perte d’eau, limite les dégâts sur la voirie et diminue les perturbations pour les riverains. Pour les agents, l’outil peut améliorer la préparation des chantiers: localisation plus précise, estimation du matériel nécessaire, coordination avec les communes et anticipation des restrictions de circulation. La technologie doit donc être évaluée sur sa capacité à produire des résultats mesurables.
Leakmited complète NAUTILUS by Ax’eau en Guadeloupe
La démarche du SMGEAG ne se limite pas à une seule solution. L’établissement a aussi communiqué sur le déploiement de NAUTILUS by Ax’eau, une technologie destinée à localiser les fuites invisibles sur les réseaux d’eau potable. Avec Leakmited, l’approche repose davantage sur l’analyse prédictive et la hiérarchisation des zones suspectes. Les deux outils peuvent donc répondre à des besoins différents.
Cette combinaison illustre une tendance plus large dans les services d’eau: associer mesures physiques, capteurs, écoute de terrain et modélisation informatique. Les technologies acoustiques permettent de confirmer la présence d’une fuite, tandis que les modèles d’analyse orientent la recherche vers des tronçons prioritaires. Pour un réseau étendu et complexe, cette complémentarité peut éviter de disperser les moyens humains.
Le défi reste celui du passage de l’expérimentation à l’exploitation quotidienne. Une démonstration réussie à Belmont ne suffit pas à transformer durablement le service. Il faudra suivre le nombre de fuites détectées, le temps moyen de localisation, le volume d’eau économisé et le coût réel par intervention. Ces indicateurs permettront de savoir si la solution améliore la performance du réseau ou si elle reste un appui ponctuel.
Les attentes des usagers sont fortes, car la crise de l’eau touche directement le quotidien. Le SMGEAG devra donc expliquer comment ces outils s’intègrent aux chantiers déjà engagés, notamment dans le cadre des travaux d’urgence menés sur plusieurs communes. La technologie peut accélérer certaines décisions, néanmoins elle ne remplacera pas les investissements lourds nécessaires sur les conduites les plus dégradées.
Questions fréquentes
- Pourquoi le SMGEAG utilise-t-il l’intelligence artificielle pour les fuites d’eau ?
- Le SMGEAG veut réduire le temps nécessaire pour localiser les fuites, particulièrement celles qui restent invisibles sous terre. L’intelligence artificielle permet de croiser des données de réseau, des historiques d’incidents et des indices de fragilité pour orienter les équipes vers les zones les plus probables.
- Quel est le rôle de Leakmited dans cette expérimentation ?
- Leakmited fournit un outil d’analyse destiné à repérer les secteurs où une casse ou une fuite a le plus de chances de se produire. La démonstration réalisée à Belmont, à Trois-Rivières, doit permettre d’évaluer son intérêt opérationnel pour les interventions du SMGEAG.
- La technologie suffit-elle à résoudre la crise de l’eau en Guadeloupe ?
- Non. Les outils numériques peuvent améliorer la détection et la priorisation des réparations, mais la remise à niveau du réseau nécessite aussi des travaux lourds, le renouvellement de conduites anciennes et une organisation durable des équipes techniques.




