Contre Info · info
Les infos absentes des prompteurs de JT  
International Afghanistan
Mis à Jour le : 20 janvier 2010  16:21
Afghanistan, un Etat failli et corrompu, constate une agence de l’ONU
20 janvier 2010

La corruption en Afghanistan est devenue tellement endémique que la population est forcée de payer l’équivalent d’un quart du PIB du pays en pots de vin, selon un rapport de l’ONU publié hier.

Par Kim Sengupta, The Independent, 20 janvier 2010

Six Afghans sur dix considèrent la corruption comme un problème plus grave que la violence, indique le rapport préparé par l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC). Ce document précise que 2,5 milliards de dollars de pots de vin auraient été versés pour obtenir l’accès à des services publics essentiels.

La « culture du Bakchich » imprègne toutes les couches de la société, avec des pots de vin atteignant en moyenne 160 dollars, comparativement à la moyenne du revenu par habitant qui est de 425 dollars par année. Questionné sur la responsabilité du président afghan Hamid Karzai dans cette situation, le directeur de l’ONUDC, Antonio Maria Costa, déclare : « nous vivons dans une société où ceux qui sont au pouvoir sont responsables, à moins qu’ils ne soient aveugles. »

Il ajoute : « selon les Afghans qui ont participé à cette étude, il est presque impossible d’obtenir un service public sans graisser une patte : la corruption des autorités fait partie de la vie quotidienne. Au cours des 12 derniers mois, un Afghan sur deux a dû payer au moins un pot de vin à un fonctionnaire ».

Ce rapport est publié au moment où va se réunir la Conférence de Londres sur l’Afghanistan, visant à formuler une stratégie internationale pour ce pays qui est maintenant devenu un sérieux problème de politique étrangère pour l’Occident.

Les élections de l’année dernière, où M. Karzaï a été déclaré vainqueur au milieu d’accusations de bourrage généralisé des urnes, ont amené l’Europe et les Etats-Unis à s’interroger sur les pertes militaires subies pour soutenir un gouvernement reconnu comme corrompu.

Selon ce rapport, les policiers, les juges, les procureurs et les députés sont parmi les plus enclins à solliciter des pots de vin. « Malheureusement, ceux qui sont censés protéger les gens de cette sorte d’anarchie sont eux-mêmes considérés comme les plus coupables de violations de la loi », déclare M. Costa.

Le volume de cette « économie de la corruption » correspond à peu près à celui du commerce de l’opium en Afghanistan, estimé à une valeur de 2,8 milliards de dollars en 2009. L ’ « explosion » de la production d’opium qui a débuté en 2005 a correspondu à la généralisation de paiements illégaux à des fonctionnaires et des parties entières de l’économie ont été submergées par « l’argent sale », note le rapport.

Les enquêteurs ont constaté que de nombreux Afghans pensaient que les ONG étaient également impliquées dans la corruption et M. Costa a déclaré qu’il savait que les forces de l’Otan avaient effectué des paiements à des « personnages louches » pour recevoir des informations sur les talibans. Toutefois, il insiste sur le fait que l’argent versé aux combattants talibans pour tenter de les faire changer de camp n’est pas une pratique relevant de la corruption.

Sur le Web

UNODC : Corruption widespread in Afghanistan

Poverty and violence are usually portrayed as the biggest challenges confronting Afghanistan. But ask the Afghans themselves, and you get a different answer : corruption is their biggest worry. A new UNODC survey reveals that an overwhelming 59 per cent of Afghans view public dishonesty as a bigger concern than insecurity (54 per cent) and unemployment (52 per cent).

Full Report (pdf)


Publication originale Independent, traduction Contre Info

Illustration : soldat de l’ISAF dans un champ d’opium


Référence
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2962
 
 
Dans la même
Rubrique
Dans l'Actualité
 
 

Contre Info - Un Autre Regard sur l'Actualité