Environnement Climat
Mis à Jour le : 14 décembre 2009  22:32
Climato-sceptiques : Fred Singer, lobbyiste professionnel
14 décembre 2009

Fred Singer, décrit par Vincent Courtillot comme un scientifique climato-sceptique ayant obtenu le Nobel pour sa participation aux travaux du GIEC, est une figure célèbre dans la communauté scientifique des climatologues. Mais absolument pas pour les raisons que sa mention par M. Courtillot pourraient laisser supposer. De fait, la réputation de Fred Singer n’est pas due à la qualité de ses contributions - quasi inexistantes - à la science du climat, mais à sa très ancienne et constante implication dans les réseaux du lobbying, fort nombreux et actifs à Washington. Ancien salarié de la secte Moon, acteur de premier plan des campagnes de désinformation menées par les industriels du tabac, devenu aujourd’hui un personnage central des campagnes planifiées par ExxonMobil pour lutter contre la réglementation des émissions de CO2, tel est le palmarès, remarquable à plus d’un titre, de Fred Singer, que Contre Info a établi, preuves - nombreuses - à l’appui.

Contre Info, 14 décembre 2009

Quel rapport y a-t-il entre le tabac, le radon, les pesticides, les CFC, l’amiante et le changement climatique ? A priori aucun. Mais du point de vue des industriels, tous ces sujets ont un point commun : l’effet des pollutions sur la santé et l’environnement.

Et tous secteurs d’activités confondus, les entreprises concernées ont la même préoccupation : comment échapper aux réglementations anti-pollution ?

Leur parade, rodée depuis de nombreuses années par les industriels du tabac, consiste à s’appuyer sur les nombreux think tanks apôtres du libéralisme économique et opposés à la régulation, à créer des organismes écran, et à recruter des scientifiques qui accepteront de décliner le même message : les données scientifiques sont insuffisantes, l’état de la science ne permet pas de se prononcer, les mesures de protection de l’environnement ou de la santé publique sont inutiles, pénalisantes pour l’économie et coûteuses pour les consommateurs.

Ce plus petit dénominateur d’un intérêt commun bien compris a produit d’étonnantes synergies industrielles. Ainsi, l’ « Appel d’Heidelberg », publié avant le « sommet de la terre » à Rio en 1992, et destiné à servir de contre feu aux travaux préparatoires de ce qui allait devenir le Protocole de Kyoto, était à l’origine un texte rédigé par le lobby des industriels de l’amiante [1].

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(JPG) Un an plus tard, le cigarettier Philip Morris a apporté son soutien « discret » à cette opération, (via l’association des manufacturiers français (French NMA), précise le mémo), comprenant tout le bénéfice qu’il pouvait retirer dans son combat contre les règlementations anti-tabagisme d’un appel prônant une science modeste et tolérante quant à l’exposition aux « matières dangereuses » que ce texte affirmait être consubstantielle au progrès humain. [2]

L’arme du doute.

Les industriels du tabac savaient que leur combat était perdu d’avance. Connaissant depuis longtemps la dangerosité de leur produit, ils ne pouvaient plus entretenir aucune illusion quant à l’inévitabilité des lois contre le tabagisme, dès lors que les préoccupations de santé publique étaient devenues déterminantes. Acculées, ces entreprises ont alors livré une bataille pied à pied pour retarder les échéances.

Dans ce combat, le doute sera leur arme principale. Et quel doute pourrait être plus noble que celui des scientifiques ?

Ainsi, les chercheurs deviendront des proies de premier choix. Philip Morris a initié cette stratégie en lançant un projet de recrutement de « blouses blanches », de scientifiques identifiés comme étant aptes à relayer les messages de l’industrie en leur donnant l’apparence de débats entre spécialistes [3]. Conscients de la nécessité d’apparaître le moins possible directement, les cigarettiers créeront ou financeront ensuite des organisations d’apparence respectable, se présentant comme des cercles de réflexion intervenant dans les débats publics et scientifiques.

Les agences de communications, de leur côté avaient compris tout le bénéfice qu’elles pouvaient retirer de ce marché naissant. Elles proposeront leurs offres de services en tant que spécialistes de gestion de crise et seront les chevilles ouvrières de ces campagnes.

Peu à peu, va se constituer un réseau complexe d’organisations alliées et de soutiens actifs qui batailleront pied à pied contre leur bête noire, l’Agence américaine de Protection de l’Environnement, et dérouleront le même argumentaire :

Dispose-t-on d’assez de données pour se déterminer ? Ces données sont-elles fiables ? Apportent-elles la preuve définitive attendue ? Ces mêmes questions, martelées sans cesse dans la presse et des publications d’allure scientifique, au nom d’une bonne science, une « sound science », selon le vocabulaire en vigueur dans ces cercles, n’auront qu’un seul objectif : instiller le doute, déstabiliser, et retarder les mesures d’intérêt public.

Fred Singer sera l’un de ces hommes. Avant de déployer ses talents dans le domaine du réchauffement climatique, il participera à toutes les campagnes servant les intérêts des industries polluantes.

Héritage Stratégique : du tabac au pétrole

Confrontés à la perspective des lois anti CO2, les pétroliers reprendront à leur compte la stratégie utilisée par l’industrie du tabac, et recruteront tout naturellement les mêmes hommes, s’appuieront sur les mêmes réseaux, les mêmes organisations.

(JPG) Un mémo interne de l’American Petroleum Institute, adressé à Shell en 1998, définit un « plan d’action » de « Communication sur la Science du Climat » visant à influencer les parlementaires américains sur la question du changement climatique et a empêcher la ratification définitive du protocole de Kyoto, signé par Bill Clinton en septembre 1997. [4]

La « victoire sera acquise », y lit-on, lorsque les médias et « les citoyens de base « comprendront » (reconnaitront) les incertitudes de la science du climat. »

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Ce document énumère les membres de la « Global Climate Science Team » qui ont conçu ce plan.

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Outre les représentants des pétroliers Chevron et Exxon, on y rencontre :

-  Candace Crandall, à l’époque épouse de Fred Singer, qui apparaît au titre de membre du Science and Environnemental Project (SEPP), le think tank fondé et dirigé par Singer.

-  Jeffrey Salmon, du Marshall Institute, qui a contribué au lancement de la « pétition l’Orégon », opposée au protocole de Kyoto, et dont Frederick Seitz, le co-directeur du SEPP est un acteur essentiel.

-  Lynn Bouchey et Myron Ebell, de Frontiers of Freedom, auquel participe également Fred Singer. Le FOF publie les travaux du climato sceptique Richard Courtney, un lobbyiste du charbon qui a collaboré à de nombreuses reprises avec Singer, et apparait comme contributeur dans le rapport NIPCC, dont Singer est l’auteur principal.

-  Steve Milloy de The Advancement of Sound Science Coalition (TASSC). Cette organisation, fondée par les industriels du tabac, a dans un deuxième temps élargi son champ d’action au climat. Fred Singer a collaboré au TASSC.

Pour instiller ce doute, Exxon financera à hauteur de 16 millions de dollars les think tanks qui relayeront le message.

La carrière de Fred Singer et le rôle du SEPP

Le passé scientifique de Fred Singer est incontestable. Né à Vienne en 1924, il obtient deux diplômes de physique aux USA en 1944 et 1948, puis collabore à la NASA, où il est promu à la direction du service des satellites météorologiques en juin 1962 [5]. Il quitte ce poste en mars 1964 [6] pour entamer une carrière dans l’enseignement, d’abord à Miami puis à la George Mason University. Dans les années 1980, il met ses compétences au service du privé et exerce alors diverses fonctions de conseil auprès de l’industrie pétrolière, sur laquelle il publie plusieurs études. [7]

C’est durant cette même décennie que débute sa carrière de lobbyiste. Il commencera par diriger un temps le « Washington Institute for Values in Public Policy » (WIVPP) [8], créé et largement financé par la secte Moon [9] [10].

Un article de 1984 du Washinton Post précise que le WIVPP reçoit alors 1,5 millions de dollars par an de la secte. [11].

En 1990, Fred Singer fonde le Science & Environmental Policy Project (SEPP), avec le soutien du Washington Institute qu’il dirige encore en 1992 [12]. Depuis lors, Singer, le SEPP et ses réseaux, seront de toutes les campagnes visant à prévenir l’adoption de lois préservant l’environnement ou la santé publique.

Le SEPP et lui-même n’auront de cesse, au fil des ans, de publier des tribunes, des études, d’organiser des conférences et de lancer des pétitions, toujours avec le même objectif : minimiser les dangers des pollutions, qu’il s’agisse des pluies acides, des gaz détruisant la couche d’ozone (CFC), du tabagisme passif, de la pollution de l’air. Singer combattra aussi les mesures de réglementation de la chasse à la baleine.

Au service du lobby du tabac

En février 1994, l’Alexis de Tocqueville Institute (AdTI) propose au Tobacco Institute, un organisme rassemblant cinq des six majors du secteur [13], un plan d’action pour contrecarrer les études de l’Agence de Protection de l’Environnement sur la dangerosité du tabagisme passif : rédiger une étude sur les méthodes scientifiques de l’EPA, rassembler un aréopage d’économistes et de scientifiques acceptant d’endosser les conclusions de l’étude, et diffuser ce rapport auprès de la presse et des parlementaires. L’AdTI indique qu’il se chargerait de l’opération et estime le financement nécessaire à 20 000 dollars. Pour la rédaction de l’étude, deux noms sont avancés : Fred Singer et Kent Jeffreys. [14]

(JPG) L’affaire est conclue et Fred Singer se verra crédité du rôle de « reviewer » principal et de membre du comité scientifique du rapport financé par le Tobacco Institute : « Science, Economics, and Environmental Policy : A Critical Examination » (Science, Economie et Politique Environnementale : un examen critique). Une note interne du Tobacco Institute précise toutefois que Fred Singer en est en fait le « co-auteur » avec Kent Jeffreys [15]

L’étude remet en cause les méthodes de l’Agence américaine de Protection de l’Environnement pour évaluer la dangerosité du tabagisme passif, du radon, des pesticides, et des déchets toxiques. On retrouve là une technique habituelle des lobbyistes, consistant à insérer le sujet sensible dans un ensemble de préoccupations plus vaste, dissimulant ainsi le but véritable de l’opération. Mais ce type de campagnes, traitant de sujets multiples, présente également un autre intérêt. Elles permettent de rassembler plusieurs industries sur une opération conjointe, et d’accroitre les budgets d’autant.

Loin d’être une étude impartiale, ce document a été rédigé en collaboration étroite avec le Tobacco Institute Dans un courrier adressé à celui-ci par l’agence en charge de l’opération, on apprend qu’une version préparatoire « inclut les modifications de vocabulaire et de style que vous nous avez suggérées concernant les risques du tabagisme pour la santé. » [16]

Les trois citations suivantes, mises en exergue dans le rapport, indiquent sans ambigüité quelle en est la tonalité générale. Il s’agit de minimiser les risques pour la santé et les impacts environnementaux des substances polluantes.

(JPG) Les résultats de l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA) sur la dangerosité du tabagisme passif sont basés sur un seuil d’évaluation du risque inférieur à celui que l’agence utilise pour d’autres substances.

(JPG) Certaines études environnementales fournissent de fortes indications du fait que les hypothèses de l’EPA sur les cancers provoqués par le radon sont suspectes.

(JPG) L’usage répandu des pesticides a contribué à nos possibilités de préserver de vastes étendues de terres pour les espèces sauvages, les forêts et les parcs naturels.

Dans son communiqué de presse annonçant la publication, l’AdTI accuse l’Agence de Protection de l’Environnement de se baser sur une « science inadéquate » pour l’évaluation des risques de ces substances. [17] Ce rapport sera présenté aux parlementaires américains par Fred Singer en personne lors d’une conférence qui s’est tenue le 11 août 1994 [18]

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Toujours en 1994, Fred Singer co-rédige pour l’Alexis de Tocqueville Institute une autre étude intitulée « EPA and the Science of Environmental Tobacco Smoke », dans laquelle il accuse l’agence de « violer les règles scientifiques » lorsqu’elle affirme que le tabagisme passif est dangereux pour la santé. [19]

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Le tabagisme passif, « mythe environnemental »

En 1996, le cigarettier Brown & Williamson (B&W) est sous le feu des projecteurs depuis que l’on sait qu’il ajoute au tabac plusieurs substances chimiques, dont de l’ammoniac, pour accroître la dépendance à la nicotine. L’émission « 60 Minutes » qui a révélé cette affaire a eu des effets ravageurs.

B&W, Reynolds et Philip Morris décident cette année là de lancer une contre offensive commune. Pour sa part, B&W a choisi de faire la promotion d’un rapport rédigé par le Congressional Reseach Service, qui conteste les conclusions de l’Agence de Protection de l’Environnement sur la dangerosité du tabagisme passif. « D’un point de vue stratégique, nous pensions que la façon la plus efficace de promouvoir ce rapport consisterait à le faire à travers une « tierce partie » qui soit crédible et hautement respectable. Nous avons donc attiré l’attention du SEPP sur ce rapport, » lit-on dans un document interne de B&W, qui précise :

« Avec l’assistance (nous soulignons) de B&W, le SEPP a lancé en janvier une campagne auprès des médias pour attirer l’attention sur « les cinq plus grands mythes environnementaux de 1995 ». Bien que le radon et le « réchauffement climatique » soient dans cette liste, l’accent a été mis sur l’ETS » (Environmental Tobacco Smoke, nom de code pour le tabagisme passif - ndlr). [20].

Cette campagne prévoit également la publication d’une tribune et une série d’entretiens à la radio et la télévision.

L’agence de communication Shandwick était chargée de coordonner l’opération. « Initialement, le SEPP s’était montré réticent à s’engager publiquement au sujet du tabac. Shandwick a donc suggéré le concept de la liste de mythes » indique un mémo interne de l’agence. [21]

Le 10 janvier 1996, le SEPP lance sa campagne contre les cinq « mythes » : la dangerosité du radon, le tabagisme passif, le réchauffement climatique (« les données actuelles montrent un taux de réchauffement essentiellement égal à zéro », écrit Fred Singer), les risques induits par la diminution de la couche d’ozone et l’effet cancérigène des substances chimiques à faible dose. [22]

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Shandwick a organisé une opération média qu’elle qualifie d’« agressive » et réservé pour ce faire des faisceaux satellites TV. Fred Singer accordera le 10 janvier pas moins de 10 interviews aux télévisions et 5 aux radios. « En raison de son intérêt pour l’étude du Congressional Reseach Service, le Dr Singer a donné son accord pour une nouvelle série d’entretiens avec les médias et il mentionnera ce sujet dans ses prochaines conférences », précise l’agence.

Un document interne de Philip Morris de juin 1996 énumère 12 radios concernées par cette campagne du SEPP. [23]

Comme prévu, Singer publie également en février une tribune intitulée « Anthology of 1995’s environmental myths », dans le Washington Times, quotidien de la secte Moon, son ancien employeur. [24]

Pollueurs de tous les pays unissez-vous

Fred Singer est également impliqué dans « The Advancement of Sound Science Coalition » (TASSC), organisme fondé en 1993 par Philip Morris pour lutter contre les lois anti-tabac, mais dont les domaines d’interventions seront par la suite étendus à l’ensemble des questions environnementales.

Dans un mémorandum interne de APCO Associates, la firme de communication mandatée par Philip Morris pour mener ses campagnes, cette agence définit les stratégies de développement de l’organisation. On y apprend que les scientifiques qui la soutiennent, dont Fred Singer, qui intervient cette fois en tant que membre de l’International Center for Scientific Ecology, (à l’origine de l’ « Appel de Heidelberg »), ont suggéré la création d’une structure internationale. A cette fin, TASSC se donne pour objectif d’approcher les industries européennes susceptibles d’être sensibles au concept de « bonne science » - entendre l’insistance sur les incertitudes au bénéfice des pollueurs et des industries en butte aux réglementations. La liste des sujets sensibles identifiés par les lobbyistes comprend : le réchauffement climatique, les déchets nucléaires, les biotechnologies. L’organisation estime que sur chacun de ces thèmes, les enjeux considérables pour l’industrie fournissent un excellent terrain de rapprochement avec le travail qu’elle mène aux USA. [25]

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L’organisation est également à l’origine du site « junkscience » [26], initialement destiné à s’opposer à la signature par Clinton du Protocole de Kyoto et qui continue aujourd’hui à diffuser les thèses sceptiques.

Selon l’ONG Center for Media and Democracy, TASSC a reçu des fonds de : 3M, Amoco, Chevron, Dow Chemical, Exxon, General Motors , Lawrence Livermore National Laboratory, Lorillard Tobacco, Louisiana Chemical Association, National Pest Control Association, Occidental Petroleum, Philip Morris, Procter & Gamble. [27]

La Déclaration de Leipzig et les présentateurs météo promus au rang de climatologues

Outre les publications et conseils, Fred Singer et le SEPP sont également à l’origine de plusieurs pétitions dirigées contre le processus de réglementation des émissions de CO2 qui aboutira à la signature du protocole de Kyoto.

En 1995, le SEPP co-sponsorise avec l’European Academy for Environmental Affairs une conférence intitulée « controverse sur l’effet de serre » organisée à Leipzig. A cette occasion sera publiée la « Déclaration de Leipzig » [28], présentée comme un appel émanant de scientifiques « concernés par les problèmes du climat et de l’atmosphère ». Ce texte, dirigé contre le protocole de Kyoto, affirme que « la plupart des scientifiques s’accordent sur le fait que ni les satellites d’observation ni les ballons sondes n’enregistrent de réchauffement de l’atmosphère. »

Le journaliste David Olinger, du St. Petersburg Times, découvrira en enquêtant sur le sujet que la majorité des signataires n’a aucune compétence en climatologie, et qu’aucun n’est un expert reconnu. Et pour cause. Dans la liste, le SEPP a glissé 25 présentateurs météo de télévision, sans évidemment mentionner leur véritable profession. Une fois la supercherie dévoilée, le SEPP modifiera la liste des signataires, et les présentateurs seront identifiés comme tels. [29]

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Parmi les pétitionnaires, David Olinguer découvrira également un dentiste, un biologiste, un ingénieur et un météorologue amateur.

Un journaliste de la télévision danoise tentera de contacter les 33 signataires européens. Quatre d’entre eux ne pourront être localisés, 12 ont affirmé ne pas avoir signé ce document. Parmi les signataires réels, il trouvera un scientifique du nucléaire, un médecin, et un entomologiste. [30]

SourceWatch rapporte qu’en 1998 l’European Academy for Environmental Affairs a reçu 17 500 dollars de l’OPEP via son « fond pour le développement international » [31] pour financer la publication des actes de la conférence « Changement Climatique : Causes et Conséquences » que l’EAEA avait organisée en 1997. [32]. La page originale du site OPEC Fund n’est plus disponible, mais la nouvelle version confirme la réalité de ce financement. [33]. Ce communiqué, rédigé par la filiale du cartel pétrolier, rappelle avec insistance que Fred Singer a « questionné durant la conférence la validité de la théorie du changement climatique », et avancé des « arguments forts, illustrant le fait que la recherche sur le changement climatique est à la fois non convaincante et inaboutie. »

La pétition de l’Oregon et la fausse publication de l’Académie des Sciences américaine

En 1999, Frederick Seitz, un ancien président de l’Académie Nationale des Sciences (NAS), qui dirige le SEPP aux côtés de Singer, participe au lancement de la « Pétition de l’Orégon » [34] dirigée contre le protocole de Kyoto. Cette action sera menée en partenariat avec l’Oregon Institute of Science and Medecine, dirigé par le biologiste évangéliste et ultra conservateur Arthur B. Robinson, spécialiste des questions de nutrition et de vieillissement.

Robinson a rédigé une étude sur les conséquences environnementales de l’augmentation du taux de CO2 dans l’atmosphère, cosignée avec Sallie Baliunas et Willie Soon, deux astrophysiciens qui font partie du George C. Marshall Institute, également dirigé par Seitz [35]. Le site web de ce think tank conservateur indique qu’il mène campagne sur la question du climat, les politiques énergétiques, et en faveur du bouclier anti-missile. [36] L’Institut a reçu d’Exxon 630 000 dollars entre 1998 et 2005 [37]

Dans ce texte, Robinson affirme que l’émission du CO2 sera favorable à la croissance des plantes, donc à celle des animaux et par voie de conséquence à l’homme : « en utilisant du charbon, du pétrole et du gaz, afin de tirer de la pauvreté un grand nombre de gens à travers le monde, une plus grande quantité de CO2 sera relâchée dans l’atmosphère. Cela contribuera à améliorer la santé, la longévité et la productivité de toutes les populations. » [38]

L’article de Robinson, accompagné d’une lettre de Seitz mentionnant sa qualité d’ancien président de la NAS, sera communiqué par mail à des milliers de scientifiques, sous forme d’une pétition appelant à rejeter le Protocole de Kyoto et affirmant qu’aucune preuve scientifique ne permet de conclure à la réalité de l’effet de serre. Dans cet envoi, la présentation de l’étude de Robinson, imitant celle des publications de l’Académie, pouvait laissait penser - à tort - qu’elle avait été publié par la NAS.

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La NAS, alertée par des appels téléphoniques de scientifiques lui demandant si l’Académie soutenait effectivement cette initiative, a publié ce démenti cinglant : « Le Conseil de la NAS tient à clarifier que cette pétition n’a rien à voir avec l’Académie Nationale des Sciences, et que ce manuscrit n’a pas été publié dans [la revue] Proceedings of the National Academy of Sciences, ou dans aucune autre publication à comité de lecture [scientifique]. » [39]

De plus, l’Académie précisera que sa propre étude sur la question, menée conjointement par les Committee on Science, Engineering and Public Policy, la National Academy of Engineering et l’Institute of Medicine est arrivée à la conclusion que « même en tenant compte des incertitudes considérables sur ... ce phénomène, le réchauffement dû à l’effet de serre pose une menace potentielle suffisante pour justifier des réactions rapides »

Le SEPP fera activement la promotion de cette pétition et Candace Crandall, à l’époque épouse de Fred Singer, publiera dans le Washington Times une tribune où elle se réjouit du soutien grandissant à l’opposition au protocole de Kyoto. Dans cet article, elle continue de présenter l’Appel de Leipzig comme ayant été signé par « 130 scientifiques du climat réputés. » [40]

Couche d’ozone : un trou dans le champ de vision de Singer ?

Fred Singer a consacré une énergie considérable à nier la réalité de la diminution de la couche d’ozone, puis à tenter de jeter le doute sur la responsabilité des gaz CFC, et ce même après que l’apparition du « trou » au dessus de l’Antarctique en ait apporté la preuve irréfutable, et que les mécanismes mis en jeu soient de mieux en mieux compris.

Dans un texte publié en 1991 par l’Alexis de Tocqueville Institute, dénonçant les régulations environnementales, Fred Singer écrit au sujet de l’interdiction progressive des CFC : « les décisions politiques ont été motivées par la peur et le battage médiatique...Les informations rapportées dans la presse sur la diminution de la couche d’ozone la qualifient toujours de « pire que prévue ». La question n’est jamais soulevée de savoir si la théorie justifiant les prévisions est fausse, ou si les observations sont entachées d’erreur, ou les deux. » [41]

Toujours en 1991, Singer affirme : « concernant la couche d’ozone, on ne peut conclure à une tendance à la baisse » [42]

Il accuse aussi l’Agence de Protection de l’Environnement, dont selon lui les théories sur le réchauffement global et la diminution de la couche d’ozone ne sont pas étayées par des preuves scientifiques, et lui reproche d’avoir ignoré les résultats de plusieurs études que l’agence aurait jugées « politiquement incorrectes ». Il cite à l’appui de cette accusation l’exemple des pluies acides, une pollution qu’il a toujours considérée comme mineure. [43]

En 1993, lors d’une communication effectuée à Paris lors d’un séminaire de l’International Center for a Scientific Ecology (organisation de lobbying à l’origine de l’appel de Heidelberg et dont il est membre), Singer déclare que l’abandon actuel des chlorofluorocarbones (CFC) et d’autres substances chimiques, est une mesure précipitée, fondée sur des craintes théoriques sur la diminution de la couche d’ozone et les cancers de la peau et non pas sur de « bonnes » (sound) études. [44]

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Pourtant, en 1994 la cause est entendue. Les engagements pris à Montréal se traduisent aux USA par de nouvelles mesures de bannissement des CFC à partir du 1er janvier. Mais Fred Singer ne désarme pas et publie encore cette année là plusieurs tribunes tentant de jeter le doute sur la responsabilité des CFC dans la destruction de la couche d’ozone et les dangers posés par l’accroissement du rayonnement UV qui en résulte : « Mauvaise Science : débrancher les CFC ? » (Washinton Times). « CFC : un trou dans la réalité » (Chemistry & Industry). « Une science branlante plus inquiétante que la fiction de l’ozone ». « Des doutes stratosphériques sur l’ozone », « Déconstruire les mythes : les mesures anti CFC » [45]

Evolution du trou de la couche d'ozone entre 1979 et 2008 - NASA (JPG)

Evolution du trou de la couche d’ozone entre 1979 et 2008 - NASA

Le texte ci-dessous, publié sur site du SEPP, résume ses positions en la matière, où l’on retrouve les développements habituels des argumentaires du doute : la science est trop alarmiste ; le phénomène est-il réel ? ; les données sont-elles fiables ? ; les observations ne sont pas assez anciennes pour tirer des conclusions ; si la tendance évolue plus vite que prévu c’est que la théorie est fausse ; la variabilité observée a une cause naturelle.

« L’opinion publique a été soumise à un déluge de rapports et communiqués de presse affirmant que la couche d’ozone diminue à un rythme qui est « pire que prévu. » [Dans la mesure ou cette « prévision » doit être basée sur la théorie, cela soulève la question de savoir si cette théorie est fausse, ou si les observations sont erronées.]

Il persiste un doute sur le fait de savoir si on peut faire confiance à ces données, soit en raison de la stabilité de l’étalonnage des instruments, soit parce que d’autres gaz, comme le dioxyde de soufre, interférent avec les mesures de l’ozone.

Même si les données s’avèrent être de bonne qualité, reste à savoir si ont peut déceler une tendance à long terme avec une historique aussi courte, compte tenu des grandes variations naturelles des niveaux d’ozone dans la stratosphère. [On note par exemple que la brochure publiée en Mars 1995 par l’Agence de Protection de l’Environnement sur « l’ozone stratosphérique » ne présente pas de preuves d’une telle tendance à la baisse, mais indique simplement que « les niveaux d’ozone stratosphérique fluctuent périodiquement. »

Même si l’historique des observations devient suffisamment long pour indiquer une tendance à la baisse, on ne peut présumer automatiquement que cela soit dû à des causes anthropiques. Étant donné que les niveaux d’ozone varient avec l’activité des taches solaires, on peut s’attendre à observer des variations naturelles à long terme de l’ozone, s’étendant sur plusieurs décennies. »  [46]

Rappel des faits

L’abandon des CFC a permis de stabiliser la situation, mais le Protoxyde d’Azote, non réglementé par le protocole de Montréal, continue de détruire la couche d’ozone. [47]

En septembre 2009, la superficie du trou de la couche d’ozone était de 24 millions de km2. La densité de la couche d’ozone au dessus de l’Antarctique durant l’automne est passée en moyenne de 225 unités Dobson en 1979 à 106 en 2009.

Le Monde rapporte qu’au Chili, l’un des pays avec l’Argentine qui est le plus exposé au trou de la couche d’ozone, en moyenne 200 personnes sont mortes chaque année d’un cancer de la peau entre 1998 et 2008, chiffre qui a doublé par rapport à la décennie précédente. « Depuis 2006, le gouvernement a promulgué une législation spéciale, la "loi de l’ozone", qui oblige les employeurs à fournir à leur personnel travaillant en plein air des tenues adaptées pour se protéger des rayons nocifs, sans oublier chapeau et lunettes noires. Les journaux, la radio et la télévision délivrent quotidiennement des bulletins indiquant les niveaux de rayonnement solaire, » précise le quotidien. [48]

Changement climatique : dire tout et son contraire

En 1975, Fred Singer, qui n’est pas à l’époque entré au service du lobbyisme, coordonne l’ouvrage The Changing global environment, consacré aux problèmes environnementaux.

Dans le chapitre « Effet de la pollution sur le climat », qu’il a rédigé, Singer écrit : « La principale préoccupation est celle de l’augmentation régulière du taux de carbone dans l’atmosphère, résultant de [la croissance] rapide de l’usage des carburants fossiles Les autres sujets de préoccupation sont les variations des concentrations de vapeur d’eau et de l’ozone dans l’atmosphère. »

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« L’effet de l’augmentation du CO2 le plus largement débattu est celui d’une élévation générale de la température. Les molécules de CO2 ont de fortes capacités d’absorption dans plusieurs bandes [de rayonnement], particulièrement dans la longueur d’onde des infrarouges.... C’est dans cette région qu’est concentrée la plupart de l’énergie thermique rayonnée par la terre vers l’espace. »

En conclusion, il note que « l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère est certaine et prouvée par des mesures fiables, » mais que son effet sur le climat reste « incertain », en partie en raison de l’absence de mesures de qualité sur les rayonnements et le rôle des nuages, » mais il s’enthousiasme devant la « perspective excitante d’utiliser les satellites pour mesurer l’énergie rayonnée de la terre vers l’espace, qui donnera pour la première fois la possibilité de quantifier de façon fiable et standardisée le rayonnement climatique global. » [49]

Pourtant, Singer est loin d’avoir pris une part active en tant que scientifique au programme de recherche esquissé en 1975, et qui a confirmé depuis lors sa prévision d’une diminution du rayonnement thermique terrestre due au CO2. Son nom apparait en tout et pour tout dans seulement deux publications scientifiques récentes traitant du climat, et ce en tant que dernier contributeur, par ordre d’importance, aux articles rédigés par le physicien D. H. Douglass, un homme qui participe par ailleurs aux activités du SEPP. [50]

Faut-il s’en étonner ? Singer consacre depuis les années 1990 toute son énergie non pas à l’étude, mais à un activisme protéiforme, multipliant les tribunes dans la presse, les pétitions, les organisations d’évènements - y compris un voyage à Bonn de manifestants anti-Kyoto [51] -, et multiplie les interventions dans des conférences organisées par des think tanks en partie financés par les pétroliers. Avec pour seul objectif de jeter le doute tantôt sur la réalité du changement climatique, tantôt sur la qualité des travaux du GIEC, ou encore sur le rôle du CO2 et l’utilité d’une réduction des émissions.

Une tribune publiée dans le Washington Times en 1998 fournit un exemple intéressant du type d’argumentaire développé par Singer auprès du grand public. [52]. Voici les principaux extraits des dix points développés.

1) Il n’y a pas de climat « moyen », il change tout le temps, de saison en saison, d’année en année, et au fil des millénaires.

2) Y a-t-il des variations à long terme ? Oui. Le climat global s’est réchauffé depuis un siècle, mais pas de façon appréciable depuis 50 ans.

3) Les activités humaines sont-elles responsables des changements ? Oui. L’urbanisation et le développement de l’agriculture influent localement sur le climat. Avec la croissance de la population et des activités industrielles, les températures extrêmes se sont adoucies, la stratosphère se refroidit, la fréquence des ouragans diminue. Tout ceci est dû à l’influence de l’homme sur l’atmosphère. Mais cela ne signifie pas que nous assisterons à un réchauffement catastrophique ou même substantiel durant le siècle prochain.

4) Les émissions de CO2 sont-elles responsables de changement du climat ? Le niveau de CO2 augmente de façon certaine, mais le climat ne semble pas se réchauffer comme de nombreuses personnes l’avaient prévu. Il s’est réchauffé de façon importante (« warm greatly ») de 1880 à 1940, bien avant que le niveau de CO2 n’augmente significativement. Durant les deux dernières décennies, depuis 1979, les observations des satellites et des ballons sondes sont en accord, le climat ne s’est pas réchauffé, en dépit de l’augmentation du CO2.

5) Pourquoi le climat ne s’est-il pas réchauffé, comme le prévoyaient les théories ? Les modèles sur ordinateurs sont incomplets et ignorent des éléments importants..... La plupart (Singer ne précise pas à qui il fait référence dans cette phrase - ndlr) pensent maintenant que les nuages sont la cause principale du désaccord entre les modèles et les observations.

6) Faut-il s’inquiéter de catastrophes futures comme l’apparition de maladies tropicales et l’élévation du niveau de la mer ? Comme le climat ne se réchauffe pas, il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Les scientifiques bien informés prévoient que le niveau des mers va baisser et non pas monter, si l’océan se réchauffe. L’évaporation se transformera en neige sur les pôles.

7) Le réchauffement serait-il une bonne ou une mauvaise chose ? Probablement les deux, mais un réchauffement serait certainement meilleur qu’un refroidissement.

8) Que pouvons-nous faire contre le réchauffement ? Il n’y a pas grand-chose à faire, mais nous pourrions tenter de mettre fin à l’augmentation du CO2. C’est une perspective décourageante. Il faudrait réduire de 60 à 80% la consommation d’énergie, cela aurait un impact énorme sur le bien être de la population, particulièrement dans les pays pauvres.

9) Comment réduire la consommation énergétique de 60 à 80% ? Il n’y a que deux solutions, en dehors d’une réduction de la population : rationner l’énergie ou la taxer.

10) Devrions-nous ruiner nos économies pour combattre une menace fantôme ? C’est la grande question. Le réchauffement climatique semble très éloigné, et de plus c’est un problème mineur, en comparaison. Il existe cependant une menace certaine pour l’humanité, qui est la quasi-certitude de l’arrivée d’un âge glaciaire. Les géologues nous apprennent que l’actuelle période inter-glaciaire va se terminer bientôt. Le réchauffement climatique pourrait peut-être nous sauver d’un futur glacé.

En résumé, Singer affirme :

-  Le climat se réchauffe (2), l’activité humaine y contribue (3) mais apparemment pas le CO2 (4).

-  Le réchauffement, qui n’est pas conforme au modèle (5), n’existe plus (6).

-  Le climat se réchauffe peu depuis 50 ans (2) et pas depuis 20 ans (4) (nous sommes en 1998).

En fait c’est le contraire qui est vrai. La tendance au réchauffement a marqué une pause entre les années 40 et 70, puis a repris dans la période récente. 1998 reste à ce jour l’année la plus chaude des relevés météorologiques. Singer le sait d’ailleurs fort bien. Dans l’étude qu’il a co-signée avec Douglass en 2001, la première phrase est celle-ci « Les observations montrent que la surface de la terre s’est réchauffée comparativement à la troposphère depuis 25 ans. » [53]

-  Le niveau de la mer baisserait avec le réchauffement des océans (6).

-  Un âge glaciaire est proche et quasi-certain (« near-certainty »), (10)

Cette affirmation ne manque pas de piquant, venant d’un homme qui a passé sa vie à dénoncer les excès du catastrophisme qui contaminerait la science. Et ce d’autant plus que Fred Singer a co-signé en 2006 avec Dennis T. Avery un ouvrage titré : « Inéluctable réchauffement climatique tous les 1500 ans », où il affirme que le réchauffement actuel - qui serait donc bien réel, finalement - serait dû à un cycle solaire de 1500 ans et pas à l’activité humaine. [54]. La promotion de cet ouvrage a été assurée par le Heartland Institute. [55]

Dans ce méli-mélo de truismes, de faits avérés, de demi-vérités, de données fausses, de références à des théories pour le moins surprenantes et de prédictions apocalyptiques, un point en particulier retient l’attention :

Singer ne nie pas ouvertement l’impact du CO2, mais il prend soin de l’extraire de la liste des activités humaines qu’il reconnait influencer le climat. Puis il insiste sur les différences de rythme entre élévation des niveaux de CO2 et de température, laissant ainsi au lecteur le soin de tirer la conclusion qui semble s’imposer : le lien entre CO2 et climat n’est pas certain. Ce qui ne l’empêche pas d’affirmer quelques phrases plus loin que la lutte contre le réchauffement passerait par une réduction des émissions.

Pourtant, lorsque sa réputation scientifique est directement mise en cause, Singer reconnait sans ambigüité le rôle du CO2 comme cause de réchauffement et la réalité du phénomène, et déclare n’être en désaccord qu’au sujet de son amplitude, exprimant cette fois un doute raisonnable et parfaitement respectable.

Dans un droit de réponse adressé en 2005 au rédacteur en chef du « Byron Bay Echo » il écrit :

« Soyons clair. L’effet de réchauffement global est réel et nous nous attendons tous à ce que le climat se réchauffe en raison de l’usage des combustibles fossiles. Mais un tel consensus scientifique est évident. La question est : quel sera ce réchauffement ? Les scientifiques utilisant des modèles [climatiques] affirment qu’il ira de 2 à 5°C, voire plus, pour un doublement du taux de CO2. Mais les observations actuelles suggèrent beaucoup moins. Mon estimation personnelle va de 0,5 à 1°C. » [56]

Mais le lecteur du Washington Times n’aura pas droit lui à cette clarté, et se verra asséner - avec quelle force ! - la conclusion habituelle de Singer : les mesures anti-pollution sont inutiles, néfastes pour l’activité économique et en définitive ruineuses. Mission accomplie ?

Une forte odeur de pétrole

Le SEPP affirme être financé uniquement par des personnes privées et des fondations, mais ne publie pas la liste de ses donateurs. De son côté, Fred Singer a déclaré en 2001 au Washington Post n’avoir jamais reçu de fonds de l’industrie pétrolière. [57]

C’est faux. Le pétrolier ExxonMobil a un temps publié les montants des dons attribués à des organisations menant campagne contre la réglementation des émissions de CO2. La page :

www.exxonmobil.com/contributions/public_info.html

a aujourd’hui disparu du site de l’entreprise, mais les listes qu’elle contenait ont été archivées par Greenpeace. On y apprend que le SEPP a reçu d’Exxon 10 000 dollars en 1998 et 2000. [58].

(JPG) En 1995, l’organisation recevra aussi d’une aide de l’Atlas Economic Research Foundation, autre think tank bénéficiaire des largesses d’Exxon. Le SEPP vient de déménager et s’installe dans le même immeuble que l’AERF, au 4084 University Drive, à Fairfax en Virginie. Le bulletin trimestriel de l’AERF indique qu’elle a financé le déménagement du SEPP et contribué au budget de sa première année dans ses nouveaux locaux. [59].

En 1998, l’AERF a reçu 65 000 dollars d’Exxon pour l’organisation d’une conférence sur le climat. [60].

(JPG)

Aveux sous serment

(JPG) Témoignant sous serment en 1993 lors d’une procédure judiciaire, Fred Singer a également reconnu avoir été rétribué comme consultant par Exxon, Texaco, Arco, Shell, Sun, Unocal, the Electric Power Research Institute, Florida Power et la American Gas Association. [61]

(JPG) Durant cette audition, Singer révèlera aussi avoir reçu des rémunérations de la Global Climate Coalition, en « moins d’une demi douzaine » d’occasions, dira-t-il, pour des conseils, interventions publiques et rédaction d’études. Cette organisation, aujourd’hui disparue, rassemblait entre autres les industriels du pétrole et du charbon. Créée en 1989, elle s’est vivement opposée à la signature du Protocole de Kyoto. [62] [63]

Les connexions entre Fred Singer l’industrie pétrolière ne s’arrêtent pas là. Le tableau ci-dessous récapitule les think tanks où il apparait dans l’organigramme, et le montant en dollar des dons reçus d’Exxon par ces organisations entre 1998 et 2005. [64]

Organisme/Participation/Montant
American Council on Science and Health Conseiller Scientifique 125 000
Cato Institute Expert associé 105 000
Centre for the New EuropeExpert170 000
Federalist Society for Law and Public Policy StudiesExpert 90 000
Frontiers of FreedomMembre adjoint1 002 000
Heritage FoundationExpert associé460 000
Hoover Institution on War, Revolution and PeaceAuteur295 000
Independent InstituteChercheur associé70 000
National Center for Policy AnalysisUniversitaire associé420 900
Weidenbaum CenterAuteur d’étude345 000
 Total3 082 000

(JPG) Le Heartland Institute a financé et publié en 2008 et 2009 les deux versions successives du dernier opus de Fred Singer sur le climat, le « Nongovernmental International Panel on Climate Change ». [65].

La deuxième édition, qui compte désormais 860 pages au lieu de 50 en 2008, a été réalisée par Joseph et Diane Carol Bast, qui sont respectivement le co-fondateur et directeur du Heartland Institute et la responsable de ses publications. [66]

Entre 1998 et 2005, le Heartland Institute a reçu 561 500 dollars d’Exxon [67]

Fred Singer, profession ... ?

Résumons. Depuis les années 1990, cet homme a constamment instrumentalisé le doute scientifique pour en faire une arme mise au service des industriels. Après avoir tout d’abord ferraillé aux côtés des cigarettiers contre l’Agence de Protection de l’Environnement, puis systématiquement dénoncé, avec les industriels de la chimie, les mesures anti-CFC, il a bataillé sans relâche contre le protocole de Kyoto et aujourd’hui le GIEC, cette fois avec le soutien appuyé des industries du charbon et du pétrole. Au terme de ce survol, comment convient-il de récapituler la carrière de Fred Singer ? Comment qualifier ce fort impressionnant palmarès d’entreprises de désinformation ? Chacun jugera. Pour notre part, nous nous contenterons d’une formule lapidaire :

Fred Singer, Directeur du SEPP, profession lobbyiste,

et laisserons la conclusion aux climatologues américains qui écrivaient en 1996 :

« Il semble y avoir un effort concerté et systématique par certains individus pour miner et discréditer le processus scientifique qui a conduit de nombreux chercheurs travaillant sur la compréhension du climat à conclure qu’il existe une possibilité très réelle que les humains modifient le climat de la Terre à l’échelle mondiale. Au lieu de mener un débat scientifique légitime à travers les revues avec comité de lecture, ils mènent campagne dans les médias contre les travaux scientifiques avec lesquels ils sont en désaccord. »

Dr. Susan K. Avery, Chairwoman of the Board of Trustees, University Corporation for Atmospheric Research ; Dr. Paul D. Try, President, American Meteorological Society ; Dr. Richard A. Anthes, President, University Corporation for Atmospheric Research ; Dr. Richard E. Hallgren, Executive Director, American Meteorological Society.

25 juillet 1996, Lettre ouverte en soutien au climatologue Benjamin D. Santer, mis en cause par Frederick Seitz, co-directeur du SEPP [68]


[1] « This coalition has its roots in the asbestos industry, but has become a broad and independent movement in a little bit less than a year. » Memo Philip Morris

[2] Appel de Heidelberg

[3] Proposal for the Organisation of the Whitecoat Project

[4] Greenpeace : Global Climate Science Communications Plan

[5] Historique NOAA

[6] Archives NOAA 1964

[7] Recensement google

[8] “Singer was director of the Washington Institute for Values in Public Policy, on leave from Uva’s (University of Virginia - ndlr) department of environmental science” - Philip Morris Mémo interne

[9] Source Watch Washington Institute

[10] Eglise de l’unification (Moon) The Washington Institute for Values in Public Policy

[11] Washington Post Church Spends Millions On Its Image

[12] EPA Watch, février 1992

[13] Briefing by Tobacco Institute Staff. Activities of the Institute 1975

[14] AdTI Courrier au Tobacco Institute

[15] Tobacco Institute Memorandum

[16] Tobacco Document Tobacco Institute

[17] AdTI News Release

[18] Tobacco Documents Briefing on Sound Science and Environmental Policy

[19] Tobacco Documents : the Epa and the Science of Environmental Tobacco Smoke

[20] Tobacco Documents Note interne B&W

[21] Shandwick Mémo du 12 janvier 1996

[22] SEPP Pré-annonce de la campagne « cinq mythes »

[23] Philip Morris Sepp - Environmental Myths of 950000 - Smt Participant Broadcast Details

[24] Archive Greenpeace

[25] Tobacco Documents Mémorandum APCO Associates

[26] junkscience

[27] PR Watch Notice TASSC

[28] SEPP : THE LEIPZIG DECLARATION ON GLOBAL CLIMATE CHANGE

[29] SEPP liste des signataires modifiée

[30] Source Watch Déclaration de leipzig

[31] Archive du site Opec Fund

[32] Source Watch European Academy for Environmental Affairs

[33] Climate Changes - Causes And Consequences Published With Support From Opec Fund

[34] OISM : Petition Project

[35] George Marshall Institute [Baliunas & Soon- Lessons & Limits of Climate History>http://www.marshall.org/pdf/materials/136.pdf] (notice biographique, page 23)

[36] George C. Marshall Institute

[37] UCS How ExxonMobil Uses Big Tobacco’s Tactics to Manufacture Uncertainty on Climate Science

[38] OISM Environmental Effects of Increased Atmospheric Carbon Dioxide

[39] Indian Institute of Science, copie du communiqué de la NAS

[40] SEPP : The number of scientists refuting global warming is growing , par Candace Crandall Washington Times, November 20, 1998

[41] AdTI Whither Environmental Regulation ? by S. Fred Singer

[42] Tobacco Documents

[43] Tobacco Documents

[44] Tobacco Documents

[45] SEPP : Articles and Commentary : 1994

[46] SEPP : FIVE SCIENTIFIC QUESTIONS ON THE CFC-OZONE ISSUE

[47] NOAA Study Shows Nitrous Oxide Now Top Ozone-Depleting Emission

[48] Le Monde Au Chili, le nombre de cancers de la peau a doublé en dix ans (copie)

[49] The Changing global environment

[50] Google Scholar Singer

[51] SEPP The Week That Was, 14 juillet 2001

[52] Fred Singer, Washington Times Global warming lucency

[53] Disparity of tropospheric and surface temperature trends : New evidence

[54] Amazon Unstoppable Global Warming : Every 1,500 Years

[55] Real Climate Unstoppable Hot Air

[56] SEPP Revue de presse février 2005

[57] Source Watch : Fred Singer

[58] Greenpeace Private Foundation Grants 1998

[59] Atlas Economic Research Foundation Highligts - Hiver 1995

[60] Greenpeace Private Foundation Grants 1998

[61] Déposition de Fred Singer

[62] Source Watch Global Climate Coalition

[63] Web Archive Global Climate Coalition

[64] UCS How ExxonMobil Uses Big Tobacco’s Tactics to Manufacture Uncertainty on Climate Science

[65] NIPCC

[66] Heartland Institute Staff

[67] UCS How ExxonMobil Uses Big Tobacco’s Tactics to Manufacture Uncertainty on Climate Science

[68] University Corporation for Atmospheric Research



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Référence
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2927
 
 
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