En 2007, le prix Nobel de la paix a été attribué à Rajendra K. Pachauri et Al Gore pour leurs actions liées au changement climatique. M. Pachauri, président du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat, était, ce mercredi 26 mars, en visite au Parlement européen. C’est en citant Gandhi : « Soyez le changement que vous souhaitez voir dans le monde » qu’il invite l’Europe à combattre le réchauffement climatique. Rencontre.
Service de presse du Parlement Européen, 27 mars 2008
Le changement climatique est sans doute la plus grande menace contemporaine, peut-être même plus grande que celle du terrorisme. L’Union européenne considère depuis peu toute action contre le réchauffement climatique comme élément central de sa politique préventive de sécurité. De quelles menaces parle-t-on ?
Rajendra K. Pachauri : " Les changements climatiques vont probablement affecter grandement la disponibilité en eau à travers le monde. Pourquoi ? Parce que les modèles de précipitations vont changer, les glaciers vont fondre et la demande en eau va augmenter. Plusieurs régions dans le monde risquent d’entrer en conflit pour le contrôle de ressources naturelles telles que l’eau.
Une autre menace concerne les événements extrêmes, comme des inondations, la sécheresse, des vagues de chaleur, qui vont augmenter en fréquence et en intensité. De grands mouvements de population pourraient être causés par l’agriculture. Les ressortissants de régions du monde qui peinent à produire suffisamment pour satisfaire leurs besoins n’auront d’autres choix que de se déplacer, au risque de provoquer des conflits.
Je suppose qu’en attribuant son Prix Nobel de la paix au Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat ainsi qu’à Al Gore, le Comité norvégien a compris que le changement climatique représente une vraie menace pour la paix et la stabilité. Il n’y a aucune partie du globe qui soit immunisée contre ces menaces. Nous devons en être conscients."
Concernant la fonte des glaciers, un morceau énorme de glace vient de se briser en Antarctique. Devons-nous être inquiets au sujet des glaciers et des glaces polaires ?
"Oui, et pour plusieurs raisons. Dans certaines régions du monde, l’approvisionnement stable en eau via les réseaux de fleuves et rivières provient de ces glaciers. C’est le cas en Asie du Sud et dans certaines parties de la Chine. Cela pourrait donc affecter les ressources en eau dans ces régions. Un autre problème lié à la fonte des glaciers serait la hausse du niveau de la mer. Cela a, d’une certaine façon, déjà commencé en raison de la dilatation thermique des océans causée par des températures plus élevées. Si les grands blocs glacés de l’Antarctique de l’ouest ou les glaciers du Groenland posés sur les terres venaient à s’effondrer, cela se traduirait en mètres de hausse du niveau de la mer. On ne peut pas prédire si, ni quand cela se produira, mais la possibilité existe."
La technologie peut-elle aider à empêcher le réchauffement climatique et si oui, comment ?
"Nous devons premièrement accepter qu’il y ait une certaine inertie. Même si nous parvenions à stabiliser la concentration de gaz à effets de serre dans l’atmosphère, le réchauffement climatique se poursuivra pendant plusieurs décennies. Par conséquent, nous serons incapables d’empêcher le réchauffement, mais nous pouvons arrêter sa croissance ultérieure. Il est donc urgent de réduire les émissions de gaz à effets de serre pour stabiliser l’atmosphère et le climat de la terre.
La technologie peut certainement fournir des solutions pour réduire les émissions, mais uniquement si nous avons de bons accords politiques. Nous avons besoin de nouvelles politiques afin de promouvoir le développement de nouvelles technologies ou l’utilisation de celles existantes. Le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat a clairement mentionné dans son rapport que les technologies requises sont déjà disponibles ou sont proche de la commercialisation.
Imaginons que tous les gouvernements imposent une taxe sur les produits pétroliers, ceci inciterait les compagnies automobiles à produire des voitures plus efficaces et les gens utiliseraient davantage les transports en commun. Le niveau des prix est un instrument très puissant pour créer le changement."
Que peut faire l’Europe pour encourager d’autres partenaires internationaux à s’engager contre le réchauffement climatique ?
"Il est très important de conclure un accord d’ici 2009 et l’Europe peut jouer un rôle de chef de file sur cet accord. L’Europe est une grande et importante entité : si vous créez un succès, cela servira de motivation et d’inspiration pour d’autres régions dans le monde. Politiquement, l’Europe gagnerait aussi en pouvoir. Je me réjouis de constater que le Président du Parlement européen est tellement intéressé par le changement climatique. Je suis aussi très honoré d’avoir été invité au Parlement européen, une institution remarquable qui me prodigue de l’optimisme."
Le prix Nobel de la paix a-t-il eu une influence sur votre travail et celui du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat ?
"Je pense qu’il y a eu deux sortes d’influence. D’abord sur la communauté scientifique. C’est une reconnaissance, un grand encouragement et une inspiration pour tous les membres scientifiques du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat. La deuxième conséquence a été d’améliorer la connaissance du changement climatique auprès du grand public. Il est clair que le prix Nobel de la paix apporte une grande valeur.
En ce qui me concerne je deviens fou avec tous ces voyages (rires). Je ne peux accepter que 5 à 10 pourcents des invitations que je reçois et je n’arrête pas de voyager ! Ce n’est pas ce que je préfère, mais au moins je fais passer le message."

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