Opinions Editoriaux
Mis à Jour le : 19 juin 2008  12:10
Livre Blanc : le choix Atlantiste
19 juin 2008

La réduction des forces décidée par Nicolas Sarkozy, en diminuant les capacités opérationnelles de la seule armée européenne réellement à même de peser de façon indépendante sur le cours des conflits s’inscrit dans une vision atlantiste des relations internationales. L’Europe dépourvue de capacité militaire n’aura bientôt plus d’autre solution que de se ranger derrière la bannière étoilée et son bras armé l’OTAN.

Contre info, 19 juin 2008

L’époque est dangereuse. Les tensions et les conflits se superposent et s’accumulent. La proximité des pics de matières premières assombrit encore cet horizon chargé de menaces. La politique de défense européenne, référence obligée des discours des responsables politiques de l’Union, reste une coquille vide.

L’Europe compte trois armées. Mais celle de l’Allemagne est bridée par son histoire, et la boussole du Royaume Uni se situe à Washington. Reste la France, seule nation européenne jusqu’à aujourd’hui à disposer d’une capacité d’intervention autonome, qui l’autorise à mener une politique internationale indépendante.

Les réductions d’effectifs décidées par Nicolas Sarkozy interviennent au plus mauvais moment de notre histoire récente. Leur justification au nom de la modernisation et de la « lutte contre le terrorisme » reproduit les errements de la dystopie technologique et sécuritaire d’un Donald Rumsfeld et de sa « Révolution dans les Affaires Militaires ».

L’outil militaire français a surtout besoin d’hommes, de capacités de projection et de présence, plus que de satellites.

Le déploiement des forces françaises sur de nombreux théâtres d’affrontement nous permet d’affirmer nos choix politiques internationaux, d’influer sur le déroulement de conflits potentiellement meurtriers et d’ouvrir un espace de négociation.

Les exemples du sauvetage de l’OLP en 1982, du desserrement du siège de Sarajevo en 1995, et de la stabilisation en Côte d’Ivoire, sont là pour rappeler le rôle parfois déterminant de notre capacité d’intervention. A l’inverse, le souvenir de l’abandon honteux de la population de Srebrenica - malgré les promesses du général Morillon [1]- et du génocide du Rwanda montrent à quel point l’absence de soldats de la paix peut être lourde de conséquences dramatiques.

La réduction des forces décidée par Nicolas Sarkozy, en diminuant les capacités opérationnelles de la seule armée européenne réellement à même de peser de façon indépendante sur le cours des conflits s’inscrit dans une vision atlantiste des relations internationales. L’Europe dépourvue de capacité militaire n’aura bientôt plus d’autre solution que de se ranger derrière la bannière étoilée et son bras armé l’OTAN.

C’est le souhait d’une partie des élites européennes, pour lesquelles le lien transatlantique représente notre indépassable horizon, et qui proposent - comme Edouard Balladur - la création d’une « Union Organique » avec les Etats-Unis.

Ne nous méprenons pas. Le véritable enjeu de ce Livre Blanc, c’est celui de l’indépendance politique européenne. Pour Nicolas Sarkozy, semble-t-il, le choix est fait. C’est à Washington que se décidera de notre avenir.


[1] Ndlr : Le général Morillon n’était plus en fonction au moment de ces massacres.


Référence
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2081
 
 
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